La lente perte des sens 2

Publié le par Mamzelle Snouc

La suite de .

Septembre. En pleine forme, bronzée et pleine d'allant. Je trouve mon équipe désorientée et dispersée. Le mois d'Août a été mouvementé avec le départ précipité de Chardon dans un autre service, l'arrivée de Super Haricot et je ne me sens plus à ma place. Mon ex, Fleur de Nénuphar, me dit rapidement de faire comme d'habitude, et que je m'y ferai.

Mais je n'y arrive pas. Elle ne connait rien à la cancéro, ma nouvelle chef, rien à l'équipe, désorganise mon bureau et se scandalise de tout. J'aime le mouvement, j'aime que les gens soient réactifs et qu'ils expriment leurs sentiments, ça m'aide à les comprendre. (je suis un peu myope sur les caractères, que voulez vous, j'aime presque tout le monde !)Alors, je pars positive, en me disant que Super Haricot allait faire un grand dépoussiérage et que la vie du service s'en trouverait fortifiée.

Elle fait beaucoup de mouvements mais l'action est très diesel, avec des ratés.

Et les semaines passent. Et les mois passent. Et je me coupe progressivement de mon rôle, pratiquement sans me faire mal, sans bruit. Je ne peux plus préparer les dossiers d'entrants, ce n'est pas mon job, pourquoi je codifie les actes, les infirmières peuvent le faire seules, ma mission est de faire de la formation, mais je n'ai pas droit à être formée pour cela, quelle idée !

De toute façon, le ton est donné lors de mon entretien annuel d'évaluation : je suis trop jeune. Vous n'avez pas 25 ans, vous ne pouvez donc pas savoir comment gérer  un service entier. Désolée, madame, j'ai 30 ans et 10 ans de DE. Non ? Vous faites si jeune ! De toute façon, je ne comprends pas comment ma collègue a pu vous confier ce poste, vous n'êtes pas faite pour être cadre !
Gloups. J'ai quand même réussi sans elle, j'ai des compétences et des dons pour exercer mon métier, mais mon image de jeune rigolarde l'a marquée et elle ne comprend pas qu'on puisse être légère par instants et profondément consciente de sa mission professionnelle.

Ça m'a miné. Si si, un peu, je suis sensible aux critiques, même un peu de mauvaise foi, parce qu'elles recèlent toujours une once de vérité.

Je décide de foncer, de donner tout ce que j'ai, de faire plein de projets pour le service, je fais un vrai bilan professionnel, je crée des protocoles, des fiches d'information, je fais quelques interventions, bien sûr, je respecte la voie hiérarchique et lui donne tous mes documents pour qu'elle les valide avant diffusion.
Et elle les enterre...pour mieux les ressortir 9 mois plus tard sous sa signature.

C'est pas grave, me dis je, j'avance !

Je crois qu'elle n'a pas aimé que je connaisse tout le monde, qu'elle ne puisse pas me coller sur grand chose dans mon métier et surtout que mes collègues m'apprécient. Pourtant, ce n'est pas la bonne volonté qui m'a manqué.

L'anesthésie lente de mes réflexes a débuté quand je n'ai plus réagi aux insinuations, aux invitations à prendre des heures de congés, aux informations qui ne m'arrivaient plus que par bribes, aux situations que je sauvais in extremis par manque de préparation.
Ma vie personnelle n'était déjà pas folichonne, elle est devenue un peu terne, toujours sous tension.

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