Lettre à une collègue

Publié le par Mamzelle Snouc


Tu me pourris le travail depuis quelques mois déjà.

Je déteste ton rire gras, ta voix grave et tes fins de phrases hystériques.
Je déteste ta façon de toiser les autres comme si ils ne te valaient pas.
Je déteste ton art de séduire les autres pour mieux les retourner et les convertir à ton point de vue.
Ta façon de nier l'existence de tes non-amis m'insupporte, et je me retiens pour ne pas te mettre une fessée quand tu ne réponds pas à notre bonjour.
Tu peux passer 4 heures au téléphone en pleine charette sans te culpabiliser, et ensuite, tu chargeras de reproches un agent qui aura oublié de ramasser un trombone.
Tu connais mieux tes droits que tes devoirs, et tu adores conseiller les gens sur la façon de truander le système.
Tu gères ta cour d'admirateurs sans te soucier du mal que tu transpires autour de toi en humiliant systématiquement ceux qui osent t'affronter.
Tu régales les patients conscients et inconscients de tes dernières galipettes en conversant joyeusement avec une de tes copines
pendant les soins.
Tu es jalouse et envieuse de la vie des autres, comme si ton voisin t'avait volé ta vie parfaite.
Tu t'amuses à voir tes collègues se tromper, s'effondrer, partir, en oubliant que tu n'es pas l'équipe à toi toute seule, ni la chef, ni même une bonne professionnelle.
Tu insultes les patients en les traitant comme de la viande et pourtant le chef de service t'aime bien, tu es tellement rafraîchissante avec ta franchise abrupte et sans nuance.
 
Tu n'as que 26 ans, et tu te considères comme trop vieille pour pouvoir changer tes manières, parce que bien sûr, tu connais tout de la vie, tu as déjà un fille, et tu sais manipuler un homme pour lui faire un enfant dans le dos.


Et pourtant, j'aime ton sourire qui illumines la pièce lorsque tu parles de ta fille, j'aime ta ténacité à défendre les choses auxquelles tu tiens, ton sens de l'organisation remarquable, ta capacité à te donner les moyens pour satisfaire ton ambition dévorante.

Tu veux être cadre de santé, bon courage. Tu y apprendras peut-être à modérer ton opinion, à devenir empathique. Ce sera difficile, sans éthique ni culture professionnelle.

Sache seulement que je ne serai plus blessée par tes critiques, que je ne serai plus en colère contre toi et tes agissements. Je ne te maudis plus, je te plains.

Et il est possible qu'un jour, ma force égalera la tienne et que tu saisiras alors que je n'étais pas ton ennemie personnelle, mais une collègue qui aurait aimé retrouver la jeune et dynamique infirmière que j'ai connue à ses débuts.


Commenter cet article

bombaron 30/06/2011 15:06


bravo! bravo ! bravo!
je suis impressionnée !
bien écrit, drôle, rafraîchissant, cela mériterait d'être édité .


yann 19/10/2009 10:30


Je la connais, je la connais !!!!
euh...
Non rectification, en fait j'en connais plein des comme ça... Et c'est pour ça que je suis en libéral d'ailleurs...
;))

a+ (toujours un plaisir)

yann