Pro, mais pas trop !

Publié le par Mamzelle Snouc

Suite, pour moi logique, de ma progression professionnelle et personnelle, je change de casquette depuis quelques mois, et j'assure le remplacement de collègues-copines dans l'enseignement aux étudiants et aux autres professionnels.

Au début, on n'en mène pas large. D'accord, on récupère les présentations précédentes, elles sont bien argumentées. Mais ça ne me ressemble pas du tout, ce n'est pas drôle, ni logique.

Je ne suis ni médecin, ni pharmacien, je n'ai pas les compétences pour débattre de l'utilité de telle ou telle molécule, et je refuse de faire tapisserie pendant 4 h devant un amphithéâtre de 120 étudiants endormis, ou ennuyés, pasque je répète les mêmes informations que les autres.

Alors, j'ai bossé, bossé, bossé, j'ai tout repris depuis le début, fait des recherches bibliographiques, harcelé les médecins de mon unité, lu des centaines de papiers, parcouru des milliers de pages web, pour finalement accoucher de douze heures de production originale. 8 heures de cours transversaux sur les soins infirmiers en cancérologie en IFSI, 4 heures d'intervention sur la chimiothérapie auprès de collègues libéraux et hospitaliers.

J'étais super fière de mes diaporamas, de mes plans de cours, du rythme des discussions.
Il a fallu braver une nationale surchargée, un plan compliqué, dégotter l'entrée de l'IFSI et apprendre à parler dans un micro tout en faisant défiler mes diapositives. Après la première intervention auprès des troisièmes années, j'étais un peu dubitative : assistance attentive et réactive, mais pour moi, il manquait quelque chose. Le pari à tenir était colossal pour moi : c'était d'être suffisamment intéressante pour faire revenir le lendemain le même nombre d'étudiants pour un cours optionnel, un froid matin d'hiver, alors qu'ils me connaissent déjà.
Le deuxième jour, la salle était aussi pleine, ouf ! Mais à peine le cours terminé, les doutes surgissent : j'ai parlé tellement vite que j'ai fini en avance, j'ai eu l'impression d'avoir un ton trop grave, un peu flippante sur mes descriptions d'accompagnement, super lourde sur la responsabilité professionnelle et carrément pessimiste sur la pathologie cancéreuse, ne parlant que de métastases et d'effets secondaires handicapants. Bref, un peu déprimée en quittant la salle, même si une dizaine d'étudiants m'a demandé mes coordonnées pour leur TEFE (Travail écrit de Fin d'études).

Heureusement, une formatrice m'a accueillie dans son bureau, et m'a un peu rassurée. Un psychologue qui tenait classe à côté est passé dans le couloir pendant mon intervention, et a dit avoir été impressionné par le silence et l'écoute dans ma salle. Re ouf !

Quelques semaines plus tard, j'attaque un autre morceau : intervention au sein de mon établissement, au milieu de collègues connus et de libéraux. L'atmosphère est plus détendue, l'assemblée beaucoup plus modeste, et surtout, j'ai bien révisé avec le cours précédent.
Cela se passe comme dans un rêve, les discussions fusent et rebondissent, les collègues corrigent gentiment mes inexactitudes sémantiques et je n'ai reçu aucune tomate.

Je suis rentrée chez moi, partagée entre une ivresse bien méritée du devoir bien accompli, et une anxiété perfide  : ai-je ou n'ai-je pas dit de monumentales conneries ? Serai-je blacklistée dans mon propre royaume pour stupidité certifiée ?

Et puis j'ai compris quelque chose de libérateur : enseigner, c'est autant donner que recevoir. On interagit avec l'audience, on joue sur le velours, on surfe sur l'émotion provoquée, mais finalement, on ne communique  pas que du savoir, on se donne un peu aussi, le bon comme le moins bon. Alors, autant appliquer ce qui est recommandé par tous les psy du monde auprès des soignants : pour éviter d'activer les mécanismes de défense à mauvais escient dans les relations interhumaines, rien ne vaut la congruence, la bienveillance inconditionnelle et savoir rire de soi. Et là, je crois que j'ai tout bon. Parce qu'on a bien ri, et que personne n'est parti à la pause café !

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