Mon voyageur

Publié le par Mamzelle Snouc

Depuis que je circule dans les transports en communs, j'ai appris à faire profil bas, à ne pas faire de contacts visuels trop prolongés, à éviter les contacts physiques dans les wagons, à fermer mes oreilles aux contacts sonores, aux conversations et autres musicos en errance.

J'ai fait les frais d'un sourire trop généreux qui m'a flanqué d'un psychopathe en goguette qui voulait absolument me montrer son oiseau, d'un éternel amoureux qui m'a suivie pendant 18 stations de métro et qui n'a compris mon désintérêt profond pour sa flamme que lorsque je me suis adressée à une équipe de CRS.

On s'est assis sur mes genoux, on m'a fait de la "bite-au-c..." dans les bus, on m'a toussé dans le nez, on m'a fait redécouvrir le bonheur des aisselles sueuses à 7 h du mat' à 28 personnes du mètre carré.

Autant dire que pour du romantisme à la RATP, il faut repasser.

Jusqu'à ce soir pluvieux de printemps où un voisin de quai me demande ce que je lis. Un brin méfiante, je lui réponds poliment et je retourne à ma lecture. Il continue pourtant à me parler et, bizarrement, ça ne me gêne pas plus que ça. D'habitude, ce genre de conversation a lieu avec des provinciaux fraichement débarqués (raciste !) ou avec des personnes mentalement déficientes (non, il n'y a ni relation entre les deux populations, ni sous entendus).
Il monte dans le même wagon, et garde son petit sourire gentiment satisfait. Il descend à la première station après m'avoir saluée d'un mouvement de tête.
J'ai gardé le sourire jusque dans ma voiture, puis je l'ai oublié.

Quelques semaines plus tard, sortie en retard du travail, je rage d'avoir loupé un train et je m'enferme dans l'univers de mon livre. Mon voyageur apparaît au bout du quai, vient se placer à côté de moi et me sourit. Petits mots courtois, le train arrive, le temps passe à toute vitesse quand il n'y a qu'une station. Il travaille dans le coin, rate souvent sa correspondance et passe par ma gare. Au revoir, bonne soirée.

Un mois après, il s'identifie d'un sourire en s'engouffrant à la dernière seconde dans le wagon. Même séparés par d'autres personnes, on sent une connection complice.

La fois suivante, on se retrouve tous les deux dans une rame bondée, entourés de jeunes branchés de 15/16 ans qui parlent fort avec des locutions oiseuses. J'ai le nez dans mon livre, il se tient à la porte, on échange un premier regard entendu au contact sonore des volatiles. Et puis, impossible de résister, je pouffe, innocemment,  à l'audition du niveau intellectuel de mes jeunes voisins. Il rigole aussi. Je ferme mon livre et me tourne vers la fenêtre, tournant le dos aux péroreurs et de fait, de quart avec mon voyageur. Et pendant les 5 minutes du voyage, on rira comme des écoliers des excentricités des autres.

Depuis, je le guette. Non, non, ce n'est surtout pas une relation romantique. C'est une relation humaine. On a tous nos habitudes dans les transports en communs, les mêmes horaires, les mêmes places, les mêmes têtes jour après jours dont on ne connait pas le son de la voix. Et cela me réconcilie avec les transports de masse de savoir qu'on y perd pas forcément son âme.






Publié dans snouc-ittude

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yann 20/11/2009 21:39


"Comme nos voix ba da ba da da ba da ba da
Chantent tout bas ba da ba da da ba da ba da
Nos cœurs y voient ba da ba da da ba da ba da
Comme une chance comme un espoir
Comme nos voix ba da ba da da ba da ba da
Nos cœurs y croient ba da ba da da ba da ba da
Encore une fois ba da ba da da ba da ba da
Tout recommence, la vie repart"

Roooh c'est y pas mignon les amourettes du métro? Et tu as le coeur qui bat quand tu l'attends ? Et tu rougis quand il arrive?

;)))

Bon bref ce ci dans le métro moi mon vrai plaisir (de provincial attardé mental hein, je note ;)) ) c'est de mettre un mp3 sur une musique un peu cool et de regarder les gens autour de moi: leurs
visages, leurs gestes, leurs vêtements... Vraiment c'est fascinant...

Enfin, pour un provincial bien sûr...

tsssss... :0

yann


Mamzelle Snouc 29/11/2009 12:48


Tatatata, petit Padawan, tu ne lis pas assez consciemment mes humbles productions. C'est justement parce qu'il n'y a pas de dimension de séduction que j'aime ces rencontres fortuites...
A force de tellement ne plus regarder les gens dans les yeux qu'on se transforme en mouton, ces instants permettent de réveler des pépites d'humanité. ouah; c'est beau, même si ça ne sonne pas trop
syntaxe.
T'es sur que c'est pas toi, le romantique ?