Chuutt!

Publié le par Mamzelle Snouc

On ne le hurle pas sur les toits, mais il arrive, une ou deux fois par an, que la journée soit très très calme.

Après avoir fait les tours strictement essentiels, on se retrouve à ranger les placards, faire les péremptions de tout et n'importe quoi, de nettoyer les dossiers de soins de tous les doublons, de mettre de étiquettes, des barres aux T et des S aux pluriels.

Si on a une âme de voyageur, on peut aller proposer ses services dans les autres étages, mais c'est à double tranchant : autant on va contenter les autres cadres et équipes en les soulageant des basses besognes et s'occuper une partie de la journée au lieu des faire les mots fléchés des magazines hebdomadaires qui pullulent dans les salles d'attente ; autant on risque de s'attirer les foudres de sa propre équipe qui risque de voir dans la manoeuvre une critique déguisée à leur inactivité alors qu'au contraire, on en profite souvent pour mieux chouchouter les quelques brebis restantes.

Entre nous, une fois mon devoir accompli dans mon étage, je tourne comme une lionne en cage affamée et je harcèle mes collègues pour quelques miettes de travail. Je me sens donc obligée de parcourir les autres services en quête de toilettes, dossiers d'entrants ou réfection du chariot d'urgence. Ça a l'immense avantage pour moi de renouer cette curieuse atmosphère d'entraide qui était si fameuse il y a quelques années et qui a perdu son auréole de gloire. En plus, je reprends contact avec d'anciennes collègues, je garde la mémoire des gestes techniques inusités, je fais connaissance avec les nouvelles recrues, et je mesure encore plus le bonheur d'être dans mon service actuel, et de ne pas continuellement cotoyer des patients avec des métastases cérébrales.

On se console de notre desoeuvrement forcé en se disant que ça rembourse les innombrables heures passées à courir sans pouvoir aller aux toilettes et on se dit qu'il faut en profiter, que ça n'arrive pas tous les jours.

Le problème est qu'il ne faut pas que cela dure trop longtemps. Le principal risque étant de s'habituer à la baisse d'activité, et de devenir intolérant à toute situation de crise par la suite. Le corollaire à la journée "calme", c'est qu'on est tellement nombreux à ne presque rien faire qu'on part du principe que le travail est fait, et qu'on ne fait pas attention à tout. On rechigne à se lever pour répondre à une sonnette, car notre corps se complaît d'une façon stupéfiante et rapide à la position assise.

Aussi garde-t-on toujours sur le coude notre décompte d'heures sup, long comme un jour sans pain, et pose-t-on de façon magistrale la demande de récupération sur le bureau du cadre "je prends quatre heures, y a rien à faire." Et de sourire d'un air finaud quand il vous demande si vous avez déjà rempli les placards, fait le compte des stupéfiants ou envoyé la stérile...Oui, oui, juste avant de trouver la phrase mystère de la dernière grille de l'été.

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