Géronte, mon amour

Publié le par Mamzelle Snouc


J'aime les rides, les tempes grisonnantes, les cheveux blancs, les mains parcheminées, les lèvres gercées et le pas auguste.

J'aime les hommes qui portent le chapeau et la canne avec bravoure, voire majesté.

J'aime ce ton badinement intelligent avec lequel on s'entretient, à la croisée de nos chemins.

J'aime cette subtile culture qui, au détour d'une phrase, fait frémir mon coeur de littéraire.

J'aime l'odeur discrète du tabac de Virginie qui s'exhale de la veste en laine.

J'aime le rituel du verre de vin que l'on fait doucement danser dans un large verre avant de le siroter et de trouver mille mots pour le décrire.

J'aime qu'on m'appelle "jeune fille" ou "ma mie".

J'aime ces discours élancés, où, plein de fougue, il raconte sa jeunesse.

J'aime leurs pudeurs, sans pudibonderie, et leurs secrets de famille.

J'aime leurs philosophies de la vie, leur sagesse folle.

J'aime leur élégance désuette ou toute contemporaine.

J'aime leurs petites attentions, le petit gâteau conservé précieusement dans l'emballage de leur magazine, jusqu'à mon retour, le verre d'eau pour la route.

J'aime la voir se reprouder le nez avant le passage du médecin, parce qu'il est important de garder sa dignité.

J'aime les voir caresser les photos de famille, le regard lointain et un sourire en coin.

J'aime leur peau douce et fragile, qui marque la moindre agression, qui pourtant palpite avec rage sous mon aiguille.

J'aime leurs sous-entendus craintifs, me regardant par en dessous,  craignant d'avoir bien compris sans l'accepter.

J'aime leur courage face à la vie qui s'enfuit, aux enfants ingrats, à la dépendance qui pointe son nez.

J'aime leur nostalgie du temps d'avant, où les filles avaient les joues rouges et pas besoin de coussin pour s'assoir dans le foin.


Je les aiment, mes petits vieux.




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