Soyons un peu professionnels, que diable !

Publié le par Mamzelle Snouc

S'il est une chose que j'ai de plus en plus de mal à supporter, ce sont les adultes qui s'expriment comme s'ils avaient 8 ans d'âge mental.

Entendre un jeune chef d'entreprise pester contre sa voiture qui ne démarre pas en geignant : démarre crétine ! tu vois pas que tu vas me mettre en retard ? , ça fait sourire (ben oui, à part si vous êtes animistes, sachez que les objets n'ont ni âme, ni volonté propre).

Voir une jeune mère bêtifier devant son enfant en parlant "bébé" et ouvrir la bouche en même temps que lui pour lui donner sa compote, c'est plus que compréhensible (je parle très bien le "bébé" moi aussi).

Mais frémir en entendant parler un professionnel de santé, je ne peux plus.
Quelques exemples avec leur correction:

Il a mal à la tête  Il souffre de céphalée, ou de migraine, selon l'intensité.
Elle a mal au dos  Elle a une dorsalgie, une lombalgie, une cervicalgie
Tu es tout blanc  Tu es bien pâle (sic)
Elle n'a pas encore fait pipi  Elle n'a pas encore uriné
Elle pue, la vieille  Cette personne a un souci d'hygiène
On l'a bercé trop près du mur  Il a une débilité légère
On dirait la belle au bois dormant  L'anesth s'est montré généreux avec l'hypnotique
Elle a pas de température  Elle est apyrétique (on a tous une température)
Il boit pas que du chateau La Pompe  Il est alcoolique
C'est le syndrome méditerranéen  Elle a du mal à évaluer sa douleur de façon objective
Elle a mal au coeur  Elle est nauséeuse, ou alors elle nous fait une infarctus, mais il faut choisir !
Il a pas de veine  Son capital veineux est pauvre, ou il est vraiment malchanceux, ou les deux, mon capitaine.
Il nous harcèle au téléphone  Il est inquiet pour sa femme
Elle est en train de claquer !!!  ACR ! ou Glasgowà 3 ! ou Mayday ! (ou sors la bière !)
Ces BIIIp du labo ont encore paumé un tube !  Le labo a un grave dysfonctionnement dans sa chaîne de distribution.
Il a pété  Il a un bon transit gazeux


Je discutai avec un infirmier coordinateur (le même que ) quand j'ai machinalement remis un tableau du couloir d'équerre. Immédiatement il me traite de maniaque. Et quand je lui ai expliqué la véritable acception du terme, il a rougi. Et oui, il faut pas me chercher. J'ai beau avoir des côtés légèrement obsessionnels, et une tendance à la tachypsychie, je suis encore loin de la psychose. Mais un mot a un sens précis. On peut faire des généralités, comme troubles de rythme pour qualifier une arythmie, mais pas prendre un mot pour un autre, comme lavement aux hydrosolubles pour déglutition aux hydrosolubles. Ca finit pareil en bouche, mais pour le patient, c'est une autre histoire.
[Histoire vraie : on a bien rigolé avec le chirurgien quand on a cherché les images. Maintenant, au moins, le patient n'est plus constipé !]

Mon chef de service, pourtant plein de sagesse, m'a un jour demandé si une patiente était sous calmants. Alors, de mon air le plus benêt, je lui ai répondu : antalgiques ou anxiolytiques ? Il a eu un moment d'arrêt avant de dire, mi-souriant : antalgiques, bien sûr !

Dans notre milieu, encore plus qu'un autre, puisqu'on touche à la fois au technique et à l'humain, être précis n'est pas un luxe, c'est une nécessité. C'est même le premier cours que l'on reçoit à l'IFSI : le vocabulaire médical. Cela nous permet d'acquérir un langage professionnel et de ne plus confondre une gonarthrose avec une gonorrhée...




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