Recherche Infirmière désespérément 2

Publié le par Mamzelle Snouc

On n'arrête pas de me rire au nez, parfois un rire jaune, genre dans quel monde tu vis, toi ? , parfois un rire gras, genre quelle bonne blague ! lorsque je parle du devenir universitaire de la profession.
Aussi, lorsque j'ai lu ce beau
mémoire, je me suis sentie rassérénée.

Face à une population ignorante des prérogatives infirmières, du pékin de base jusqu'au monde infirmier même, en passant par le corps médical qui n'arrive pas à trouver la mesure de notre rôle, cela me fait du bien d'avoir quelques éléments de réponse quant à la position de la profession infirmière en France.

Ca me semble hallucinant que nous soyons le seul pays au monde à considérer les infirmiers comme des éxécutants, des délégués médicaux ou des secrétaires améliorées. Dans le reste de la planète, les études en sciences infirmières sont universitaires, mènent à un diplôme reconnu, avec un salaire en conséquence, et surtout une autonomie dans l'exercice de nos fonctions.

 Un médecin rabaisse un membre de mon équipe sur une question de pansement à ne surtout pas toucher pendant une semaine alors qu'il coule, pue et que la contention blesse la patiente, au point de la priver de sommeil. Le chirurgien refuse de nous écouter et s'enferme au bloc en maugréant contre ces satanées méchantes infirmières. En équipe, nous décidons de refaire ce soin, sous couvert d'une infirmière stomathérapeute qui a une formation spécifique en cicatrisation. Le bienfait auprès de la patiente est immédiat : elle peut enfin prendre du repos, marcher et s'alimenter convenablement. Le chirurgien revient, s'emporte contre l'infirmière en lui disant qu'elle n'y connait rien. Plus tard, il reprochera à l'équipe d'avoir mal soigné la patiente, car la greffe cutanée n'aura pas fonctionné.
[Allez, un petit cours pour ceux qui ne connaissent pas les greffes cutanées (surtout le 3° paragraphe).]

Bien sûr, l'équipe s'est sentie fautive au début, vis à vis de la patiente, car une équipe travaille de concert et n'a pas d'interêt à contester les directives chirurgicales. Mais en se penchant sur notre décret, sur les symptômes présentés, les conseils d'une infirmière spécialisée et surtout l'inconfort majeur de notre patiente, nous avons décidé de refaire ce pansement. En riant, nous sons sommes dit que nous serions ensemble en prison et nous nous sommes déculpabilisées en voyant notre patiente reprendre goût à la vie.

En y repensant , je me demande pourquoi est-il si délicat d'exercer notre métier. De ne pas être reconnus à notre juste valeur, ou de ne pas savoir se faire connaitre ?
De l'aveu même de certains professionnels, ils ne trouvent pas d'intérêt à optimiser notre pratique, trouvant sûrement confortable de se cacher derrière les actes prescrits, si valorisants. C'est un courant étendu dans la profession d'infirmier que de penser : A quoi ça sert que je fasse de belles transmission, de beaux pansements, de superbes entretiens avec la famille, une parfaite éducation de mon patient, si personne ne lit les dossiers, si personne ne vient me remercier, si mon chef n'arrête pas de nous dire qu'on est mal organisés, et que c'est pour ça qu'on a des heures sup', et que donc, on ne pourra pas les récupérer ?

A quoi ça sert ? A l'honneur de bien faire son travail, de mériter son salaire, d'être droit dans ses bottes quand un crétin d'interne fraichement revêtu de sa blouse blanche vous sort des énormités. Là, vous pourrez lui répondre que, non, me X n'a pas pu avoir son examen de radiologie, car son potassium était tellement bas que vous avez préféré attendre une prescription avant de la mobiliser, et que, oui, vous avez déjà fait un ECG et un contrôle du iono sang, et que vous l'avez déjà appelé 3 fois, tout est inscrit dans le dossier (qui fait office de preuve médicolégale, pour ceux qui en douteraient). Là, vous êtes professionnel, proactif, et vous assumez vos actes.

Je comprends que certains soient fatigués de faire la guerre constamment, afin de pouvoir travailler dans de bonnes conditions. J'ai vu des services qui ne méritaient même pas le nom d'hospitaliers, avec du personnel en sous-effectif, des médecins absents, un encadrement aveugle.
Mais je ne comprendrais jamais ces jeunes diplômés qui, dès leur prise de fonction, se révoltent pour tout et n'importe quoi, refusant de poser une sonde urinaire pasque c'est pas à eux de le faire, jouent le mini-médecin devant les familles, refusent de faire les soins d'hygiène qui leur incombent pourtant.
 
S'il doit y avoir une révolution dans le paysage de la Santé en France, cela devra passer par les infirmiers. De gré ou de force, le nouvel Ordre Infirmier aura sa place dans notre avenir.

En France, il manque 50% d'infirmiers libéraux, qui sont les poumons de la prise en charge à domicile. Si vous voulez diminuer le coût et la durée d'une hospitalisation, améliorer la prise en charge au long cours des patients atteints de maladies chroniques, soulager les familles, et donc le contexte social, les IDE libéraux (IDEL) sont la réponse.

C'est bien joli sur la papier, mais dans les faits, exercer en libéral est devenu un sacerdoce. L'installation est déjà un poème. La découverte des cotations en est un autre : remarquez comment les soins infirmiers relevant du rôle propre ont acquis une nouvelle légitimité sur le papier. La mendicité ne fait pas partie de notre formation initiale, et les IDEL doivent pourtant la pratiquer, avec des frais de déplacements hilarants (mon plombier m'a dit qu'il ne décrocherait même pas le téléphone pour ce prix là), des calculs barbares (2 AMI 4 + 1 AIS =...) menant de toute façon à faire des soldes avant l'heure. En effet, si on exécute certains soins, on ne peut pas facturer les suivants. Forfait global ! Donc, pour un suivi psychiatrique à domicile, l'IDEL sera payé 1 euro / passage !
Youpi !
Dire qu'on disait que les IDEL étaient les plus riches d'entre nous ! En fait, ce sont des stakhanovistes du travail. Beaucoup d'IDEL que je connais travaillent 7/7, 24/24, avec rarement l'occasion de trouver un remplaçant pour s'offrir deux jours de détente.

On vous fait pleurer au JT sur la désertification des médecins en milieu rural? Essayez de trouver un IDEL pour faire votre pansement.

Le changement de perspective profesionnelle peut nous permettre de repenser nos modes de fonctionnement, de rendre de la dignité à nos soins, et de recouvrer une légitimité. Refléchir et théoriser notre métier n'est pas un vilain mot. Il n'y a bien qu'en France que la démarche qualité fait ricaner, ailleurs, ça fait économiser des millions.

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