Après, y a quoi ? (et non, on ne parle pas du dessert)

Publié le par Mamzelle Snouc

Bonne question, qui mérite d'être posée.

En général, ce sont les enfants qui la posent, parce que les grandes personnes sont sérieuses, et ne veulent pas y penser. Trop souvent, c'est considéré comme impoli d'aborder le sujet, c'est Tabou. Et c'est un peu par superstition : si on en parle pas, ça n'arrivera peut-être pas.

Il arrive pourtant fréquemment que la vie décide pour nous et qu'elle nous marque au fer rouge. Et nous sommes tous mortels par le simple fait d'être né.


Pourquoi est- ce si difficile de parler de la mort ?

Sans vouloir piétiner les plates-bandes des philosophes et autres experts de la vie, j'ai mon petit point de vue sur ça.

De la même façon que l'argent a de l'importance, car il n'est jamais acquis ou illimité, la vie a de la valeur, parce qu'elle a une conclusion certaine. C'est cette certitude qui fait que l'être humain est toujours en adaptation avec son milieu, pour prolonger le plus possible son passage sur terre. (Anath physio du cerveau : Un petit tour pour voir comment ça marche là haut ? En plus didactique et pour les flemmards, voyez plutôt .)

Paradoxalement, la pérennité de sa vie est mesurable à l'empreinte qu'il laisse sur les autres existences. La plus grande angoisse que j'ai jamais perçue dans un accompagnement de fin de vie est celle de n'avoir été qu'une étoile filante et de n'avoir joué aucun rôle dans la course de l'univers, d'avoir vécu seul et de mourir seul. Ce sentiment est écrasant, car on y touche la fragilité et la fugacité, voire la non nécessité de la vie au point de vie individuel. (Heureusement pour nous, bandes de mammifères, nous vivons en société, qui n'existe que par l'union des tous les individus !)

J'ai déjà évoqué la puissante arme qu'est le déni, cette stratégie de coping (de l'anglais to cope : s'adapter à, détails lumineux  pour les curieux) si simple et si complexe qui consiste à refuser sciemment ou pas à reconnaître une réalité, de façon à améliorer sa perception de la vie à court ou à moyen terme.

L'autre versant peut être la fascination. C'est vrai que c'est captivant, l'idée de la vie après la mort, la réincarnation, les vampires et autres fantômes qui viennent hanter les vivants.
J'ai aussi cédé aux sirènes du trash, limite gothique, à ne lire que du Stephen King ou Rimbaud et Aragon (Snouc un jour...). C'est mon père, vers mes 16/17 ans qui m'a un jour dit que la vie, c'était pas ça. J'ai levé les yeux en l'air, genre t'es trop pas dans le moove, daddy, tu peux paaas comprendre.
Et puis, mine de rien, comme je respecte mes parents et qu'ils ne disent pas toujours des conneries, j'ai pris un peu de recul et je me suis rendue compte à quel point cette orientation pervertissait ma vision du monde.

Le but ultime d'une vie n'est pas la mort, c'est d'être. Et si possible d'être le mieux possible. Ce n'est jamais simple, c'est souvent frustrant, mais vivre est le plus difficile job de tous les CDI !

On dévoile un peu le phénomène lorsqu'on essaye de légiférer sur la fin de vie. Les passions se déchaînent, les uns voulant une mort "rapide et douce", les autres exigeant le respect du rythme de la vie, certains clament que c'est un question de choix, d'autres que c'est une question de loi.


Pour ma part, j'ai accompagné plus de trois cents fins de vie, et je n'y ai acquis que de frêles certitudes :

- Nous avons une âme, quelque chose d'intemporel et d'intangible qui disparaît au dernier battement de notre coeur.

- Aucune mort ne ressemble à une autre, et c'est tant mieux.

- La personne qui décède a une influence sur sa mort : j'ai accompagné un homme qui n'est parti qu'après avoir vu ses deux fils se réconcilier à son chevet, après dix jours d'agonie. J'ai vu une femme s'en aller en douze heures, parce qu'elle venait d'apprendre que sa maladie reprenait le dessus et qu'on ne pourrait pas la guérir. Elle a baissé les bras et a sombré dans un coma profond avant de trépasser, au grand dam des médecins qui ne cessaient de répéter : elle ne peut pas mourir maintenant, elle n'a aucune raison physique ou biologique de s'enfoncer comme ça !

- Il n'y a pas de mort parfaite : le phantasme du mourant dans son lit propre qui part avec un dernier souffle silencieux, ça me fait bien marrer. Grâce au Ciel, cela arrive parfois, mais c'est souvent beaucoup plus gore. On a le droit de partir en colère, déprimé ou souillé ! Où est-ce écrit qu'on n'avait pas le droit de mourir en phase de marchandage ?

- la demande d'euthanasie (mis à part les maladies chroniques dégénératives, je ne connais pas assez pour me prononcer), la vraie, est rarissime. C'est plus souvent du fait de la douleur, de l'inconfort de la famille face à une situation qui dure, ou de la souffrance des soignants.

Ce sont ces réflexions qui m'ont poussées à signer le manifeste, que je vous invite à lire. Se préoccuper de la dignité dans la mort doit d'abord passer par la dignité dans la vie et la maladie.
Après, libre à nous de s'interroger sur la valeur de la mort. De la vie après la mort. De la vie de ceux qui accompagnent la mort, des proches, des soignants.


Enbonus, ce joli texte d'un collègue sur le vécu professionnel.

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