Dehors !

Publié le par Mamzelle Snouc

Les sorties simples et complexes sont de mon ressort. Pour moi, c'est un soin à part complet, et j'y mets une attention particulière : j'appelle les infirmières libérales en personne pour coordonner la PEC (Prise En Charge, j'adooore les acronymes), je commande et fais livrer le matériel à domicile, je mets en place des aides sociales pour les personnes isolées.


Les obstacles sont multiples, et à ne pas prendre à la légère.

1) Convaincre le patient, et surtout sa famille, que la maison, c'est parfois mieux que l'hôpital, et que, non, on ne les jette pas dehors "pour faire de la place", enfin, pas toujours. C'est combattre les croyances de certains professionnels de santé qui n'ont plus les bonnes données et qui sont persuadés qu'après une hystérectomie, il faut 3 semaines en convalo, ou qu'une mastectomie handicape à vie et que la patiente ne pourra jamais plus s'habiller seule.

2) Trouver une infirmière digne de ce nom (qui accepte deux passages par jour si nécéssaire, qui ne refuse pas une PC pasque elle, elle fait pas les cancéreux, qui sait se laver les mains ou tout simplement qui répond au téléphone).

3) Organiser un univers sécurisé pour des SDF/ Alcolotabagiques / toxicomanes/ entourage violent/ avec enfants en bas âge / handicapés ou très vieillissants / porteur d'une trach / porteur d'une gastrostomie / au fin fond de la campagne à 10 km du premier cabinet médical et/ou infirmier / avec 10 chiens et 16 chats (si, si, des fois, on ne barre pas les mentions inutiles)

4) Coordonner les services sociaux, la mairie, les ambulanciers, le service de soin à domicile (HAD, SSIAD, prestataires de matériel en tout genre) : si pas de téléalarme, pas d'HAD.

5) Suppléer aux impondérables : un trachéotomisé avec sa chaudière en panne et plus d'eau courante en plein hiver = 0 sortie. Une fin de vie de moins de 50 ans = PEC miséreuse selon les départements, auquel patient on demande de cotiser 60E par mois pour la téléalarme obligatoire + portage des repas + aide à domicile, tout ça sans mutuelle et au RMI... Vivent les assistantes sociales de bonne volonté.

Vous l'aurez compris, cela demande une bonne dose de prévoyance, de courage et d'abnégation. J'ai passé parfois 6 heures à organiser une sortie.

Ma meilleure récompense, c'est quand ils ne rappellent pas et qu'ils ne sont pas encore réhospitalisés ailleurs.

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