Il y a des jours sans

Publié le par Mamzelle Snouc

Avant -propos : le but de cet espace est de réfléchir et de partager, non de juger. Mon propos sera de discuter sans enfreindre le respect de la douleur des familles et des professionnels impliqués, ni la bonne marche de la justice. Toutefois, à tout malheur, quelque chose est bon, même si les médias ont pour moi un peu surenchéri sur les drames hospitaliers récents, il n'en reste pas moins que tout système a ses failles. Tout commentaire injurieux ou indécent sera immédiatement modéré.


La nouvelle est tombée pendant mes vacances hivernales (c'est pourquoi je vous ai manqué, non ?).

Erreur fatale d'une infirmière dans l'administration d'une perfusion, un enfant mort, des parents ivres de douleur et d'incompréhension. Mes pensées vont immédiatement vers la professionnelle, esprit de corps oblige, et je me demande si j'aurai pu faire cette erreur. Oui, définitivement oui. Pas délibérément, bien sûr. Mais nous ne sommes jamais à l'abri.

J'entends le public s'exclamer en chœur : C'est un scandale ! On va à l'hôpital pour se faire soigner en toute sécurité et on en ressort plus malade, avec des infections nosocomiales, des opérations ratées ou mort !

Et ils ont raison. Les aléas de la médecine en général doivent être combattus avec courage et ténacité. Déjà, la recherche et le perfectionnement des techniques et du matériel ont permis de faire chuter les accidents d'anesthésie de près de 50 % en 20 ans. La période de convalescence post-chirurgicale a constamment diminué depuis le début des années 90 grâce à l'utilisation de techniques plus précises et moins traumatisante pour le patient. L'hygiène n'a jamais été si importante et si promue. La douleur est devenue un cheval de bataille. Il y aura toujours des personnes, des services, voire des établissements qui joueront avec le feu pour en tirer plus d'argent, de gloire ou de tranquillité. Mais ils ne sont pas la majorité. Reste à les identifier et à les dénoncer.


Sachez aussi reconnaître un arbre quand on vous désigne une forêt.

Les erreurs de médication    

Ainsi que le CII le rappelle dans une prise de position officielle, la sécurité des patients est un aspect fondamental de la qualité et des soins infirmiers.  Selon certains experts, les erreurs de médication sont l'une des principales causes de décès et d'invalidité.  Ces erreurs causent davantage de décès chaque année que les accidents du travail. Plusieurs études laissent entendre que les médecins, les gestionnaires de services de santé et les infirmières elles-mêmes estiment que la sécurité des patients ressortit avant tout de la responsabilité de la profession infirmière. Étant donné que les infirmières occupent une place centrale dans la sécurité des patients, le danger existe que les erreurs puissent leur être imputées plutôt qu'à des dysfonctionnements systémiques. Or, l’évidence montre que la vigilance des membres de la profession infirmière protège les patients contre les pratiques dangereuses.  Par exemple, une étude a prouvé que 86% des erreurs de médication commises par les médecins, les pharmaciens et d'autres praticiens sont détectées par les infirmières avant qu’elles ne déploient leurs effets négatifs. La sécurité des patients doit donc être abordée sous l’angle d’une approche globale impliquant tous les membres de l’équipe soignante ainsi que l'encadrement.

                                                                                     L'intégralité du texte se trouve ici.


Enfin, il est primordial de réaffirmer que tout administrateur est responsable de ses actes.
Même si un infirmier commet une faute liée à une mauvaise interprétation ou une mauvaise lecture d'une étiquette, il est responsable.
Même s'il a 35 patients à charge, pas de médecin à disposition, et qu'il ne se rend pas compte rapidement qu'il a inversé les traitements entre sa mamie diabétique du 11-1 et sa jeune femme hypertendue du 11-2.
Même s'il a la grippe, s'est engueulé avec sa femme ou a oublié sa carte bleue à la pompe à essence.
Même s'il ne dort pas depuis deux semaines à cause de sa petite dernière qui fait ses dents.
Surtout s'il a accepté tacitement des conditions de travail dangereuses sans les dénoncer : prescriptions orales, retranscriptions, glissements de tâches (par exemple, laisser une aide soignante exécuter des gestes techniques réservés à l'infirmière, par manque de temps), maltraitance ou insalubrité.
L'hôpital porte sa part de responsabilité dans l'organisation, la gestion du personnel ou les alertes sanitaires, mais l'infirmier doit quand même s'assurer des dates de péremption, de la légalité des prescriptions, de l'intégrité des Dispositifs Médicaux (DM). L'hôpital ne porte pas le chapeau pour tout. 

Une infirmière de mon service est venue râler auprès de moi contre le circuit astreignant des instruments partant en stérilisation et me jette "On ne peut pas désigner quelqu'un qui s'en occupe une fois pour toutes ? et ma réponse la laissa songeuse.
- Désolée, l'infirmière est responsable du matériel, de l'approvisionnement jusqu'à l'élimination, en passant par la stérilisation. En collaboration avec l'aide-soignante, et non en délégation, ce qui veut dire que l'infirmière reste responsable des agissements de l'aide-soignante. Relis ton décret.
- Alors, on ne peut pas désigner quelqu'un, c'est chacun qui ouvre un set qui doit en assurer le traitement."
Oui.

Pour terminer, un petit commentaire de ma mère, pas du tout dans le milieu : Comment se fait-il que les conducteurs de bus aient des disques d'enregistrement de vitesse et des limitations de durée de conduite, qu'ils se fassent contrôler et prendre des amendes en cas de dépassement, et que les médecins, les infirmières, les aides-soignantes soient poussés à travailler au delà de leur rythme biologique sans que cela ne choque personne ? Et après on s'étonne qu'il y ait des erreurs?

On nous parle de la difficulté d'être conducteur de métro, pilote de ligne ou prof, ce que je conçois, mais il me semble que, mis à part les contrôleurs aériens, il y ait peu de professions avec autant d'interactions et de responsabilités que les métiers de la santé.



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