Libéralisation

Publié le par Mamzelle Snouc

Juste avant de prendre mon poste de principale, j'ai failli tout plaquer et me lancer en libéral.

Marre de me lever avec une grue tous les matins après avoir assassiné mon réveil 20 fois, de courir pour attraper le train, d'avoir constamment l'impression d'avoir oublié quelque chose ou de ne jamais finir une prise en charge, marre de me sentir épuisée, vidée par les émotions des autres et mon propre stress, marre d'avoir des horaires de démente, tantôt en 7h, tantôt en 10 ou en 12. Marre de ne pas pouvoir programmer une séance hebdomadaire de natation avec ma belle-sœur ou de pouvoir partir sur un cycle de cours du soir parce que mes plannings étaient trop fluctuants. Marre d'avoir cette atmosphère d'usinage, patients à la chaîne, décès à la chaîne, familles inconsolables et inconsolées.

Envie de casser le rythme, de redécouvrir mon travail sous d'autres aspects, de dormir à nouveau. Alors, j'ai fait le plan de demander un poste de nuit afin d'assurer un revenu fixe et les avantages de l'entreprise et d'ouvrir un cabinet de libérale. Avec une amie avec qui je travaille depuis le début de ma carrière, j'en avais déjà discuté, et elle avait commencé à suivre ce schéma. Elle me proposait de travailler avec elle et ça m'enchantait. Bercée par le phantasme de l'infirmière qui va de maison en maison en saupoudrant de légèreté et d'humour chaque geste, dispensant éducation et conseils à la population enchantée.

Cette promotion tomba à pic et me permis de mettre en veille mon cabinet. Il fut mort-né. Pas un seul acte enregistré, et déjà l'URSSAF (charges sociales) et la Carpinko (retraite) me réclamaient plus de 700 euros. Et puis, l'excitation était retombée, et je commençais à me demander comment faire pour partir travailler tous les jours, WE et jours fériés, le matin et le soir, voire le midi aussi, à courir pour garer la voiture, récupérer les feuilles de soins, les ordonnances, les règlements, supporter les coups de téléphone à des heures indues, les appartements insalubres, les patients harcelants.

Alors, j'ai fait machine arrière. Ne vous méprenez pas, je continue à travailler en libéral, c'est une expérience extraordinaire et très enrichissante. Seulement, ce n'est plus en mon nom propre, mais à titre de remplacement, quelques WE par an. Cela me permet de profiter du travail, et non de le subir. J'ai trop besoin de mon équipe, d'une stimulation au changement.

J'en ai récolté quelques savoureuses anecdotes. Comme cette patiente qui m'appelle à 21h30, 2 jours avant mon remplacement : 

" Y parait que c'est vous que je dois appeler. J'ai été opérée de la hanche et j'ai besoin d'un pansement du talon pour mercredi.
- ? humm, du talon ?
- Ben oui, c'te bande d'incapable m'a fait attraper un escarre (édit de moi même : c'est une escarre, et ça ne s'attrape pas comme ça, il faut quand même refuser de se lever et ne pas bouger un bon moment quand on n'est pas très fatigué...) et il faut venir faire le pansement mercredi à 12h30.
- Ecoutez, Madame, je ne vois pas d'inconvénient à faire ce soin, mais je n'ai pas encore le détail de ma tournée.
- Comment ça, vous savez pas ? Mais on m'a dit que vous êtes une infirmière diplômée d'Etat!
- C'est le cas, Madame.
- Et vot' collègue m'a dit que vous êtes hospitalière ? ( de l'hôpital ? non? note à moi même : arrête d'être sympa au téléphone ! ) Mais vous faites du libéral ?
- J'ai une activité mixte, madame. Ecoutez, madame, je vous appelle pour vous confirmer l'heure de mon passage en fonction de la tournée, mais clairement, ce ne sera pas à 12h30, plutôt vers 11h.
- oui, mais moi, j'ai mon kiné, vous voulez pas plutôt passer vers 17h ? Je pars en vacances à 17h30.
- Non, madame, ce sera plutôt autour de 11h. Donnez moi vos coordonnées et je vous appelle pour vous confirmer l'heure.
-..."

Après avoir insisté, elle me livrera finalement son numéro de téléphone. A mon réveil, le lendemain, je fus fort surprise de trouver un message sur mon répondeur : " Bonjour, c'est madame X, c'est pour vous dire que j'ai appelé mon médecin traitant et il m'a trouvé une vraie infirmière, d'accord ? Alors c'est pas la peine de venir faire mon pansement, d'accord ? ni de me rappeller. ... C'est madame X, au 00.00.00.00" à minuit 12 !! Pauvre médecin traitant ! J'espère qu'il lui a facturé triple !  Personnellement, en raccrochant j'ai hurlé LA MORUE ! et ça m'a fait du bien.

 

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