J'aime pas les médecins

Publié le par Mamzelle Snouc

Dans la série "citoyen de santé", je demande le professionnel le plus haï. Et non, ce ne sont pas les gynécos (quoique), ni les chirurgiens (dommage), mais les dentistes !

Et j'avoue que je fais partie de la meute...

Lorsqu'un patient me dit qu'il n'aime pas les médecins, c'est comparable à "j'aime pas les avocats, tous bons à piquer vot' fric" ou "j'aime pas les flics, tous bons à vous fout' en taule". Généralités issues d'un bon reportage sur TF* et de deux ou trois rumeurs du quartier sur le méchant gardien de la paix qui passe son dimanche après midi à courser le gentil fils dealer.

Lorsque je donne ma profession, la quasi totalité de mes interlocuteurs me répondent "Oh ma pauvre, c'est trop dur comme métier ! Comment vous faites ? moi, j'aurai jamais pu faire ça, vous comprenez, vivre avec des gens qui meurent..." ou "vous travaillez aux Urgences, au bloc ?", réminiscence des séries américaines, ou bien ils essayent de me donner une légitimité noble, loin du pipi-caca et autre vomi qui sont plus mon quotidien.

Lorsque je les interroge sur les rejet du monde médical ou infirmier, ce sont toujours des blessures profondes et anciennes qui ressurgissent, loin parfois de leur histoire personnelle : "ma grand-mère est morte à l'hôpital dans d'immenses souffrance il y a 30 ans, tous des salops" ou "mon voisin ne s'est jamais réveillé de son anesthésie en Indochine" ou "j'ai connu une infirmière, une vraie sadique, qui faisait les toilettes avec des bassines d'eau glacée à 6h du mat' pour bien les réveiller".
Difficile de concurrencer des sentiments si peu ancrés dans le réel, mais plutôt dans le phantasme.

Une patiente me disait récemment qu'elle refusait de se faire hospitaliser, malgré son diabète très déséquilibré, son hygiène de vie désastreuse, et sa  chaudière qui faisait des caprices, car elle ne voulait pas aller chez les boches. Dans les années 50, elle avait subi une intervention orthopédique très invalidante qui aurait du lui donner plus de mobilité, et qui fut un échec retentissant. Son hospitalisation et la douleur incessante associée furent tellement stigmatisantes qu'elle les compara instinctivement à la guerre et à l'humiliation ressentie alors.

On ne peut mettre toutes ces peurs au même niveau, et là, la vraie relation d'aide, sur l'écoute et le respect de l'autre joue un rôle primordial. En quelques secondes, ma patiente diabétique a compris que je l'entendais, elle, sa souffrance et sa terreur, et elle m'a livré ses dernières cartouches. "Appelez ma voisine, on est copines de scoutisme, appelez ma mère, appelez mon cousin". Lorsqu'elle a aussi entendu mes arguments pour une hospitalisation rapide, elle a consenti, sans violence ni mensonge de ma part.

Je me suis toujours demandée pourquoi on plaçait les gens dans des cases, professions de santé surtout. J'ai déjà croisé des vendeuses dans des magasins qui m'ont blessées, choquées, et pourtant, je continue à faire mes courses, à faire du lèche vitrine, sans chercher à plaquer le comportement d'une vendeuse sur une autre.

Et puis, j'ai reçu une petite lettre de rappel de mon dentiste pour mon détartrage bisannuel et j'ai froncé du nez. Moi aussi, je suis victime de cette peur envahissante et paralysante ! Moi aussi, j'ai souffert d'un dentiste vieillissant et peu scrupuleux qui a pourri mes dents et ma confiance en moi !
Il faut avouer que sur le fauteuil du dentiste, ma seule et véritable arme, la parole, n'a pas lieu de cité. Bouche ouverte, mains raidies sur les accoudoirs, impossible de bouger, sinon, il risque de vous blesser... En plus, je n'ai pas eu de chance : en 6 ans, j'ai eu 6 dentistes différents. A chaque fois, je trouvais un professionnel compétent, qui me rassurait et me soignait plus ou moins de façon adéquate, je commençais à me détendre et... il déménage à Paris, ou se marie et va élever des chèvres dans le Larzac, ou casse ses instruments dans ma gencive et les y oublie, ou plaque son cabinet pour vivre l'amour fou avec un pilote de ligne...Véridique.

Alors j'ai fait marcher mon réseau, j'ai enquêté chez mes collègues pour trouver la perle rare. Et je suis tombée dans un cabinet d'esthétique (!) qui héberge un dentiste qui parle plus que moi, c'est vous dire. Il se moque de moi quand je lui parle de mon intolérance phobique à la roulette, les vibrations, les odeurs, les bruits...et encore plus quand je demande une anesthésie locale pour le détartrage. Pendant tout le soin, il n'arrêtera pas de me raconter des blagues pourries de dentistes, avec bien sûr interdiction d'y répondre. Je rongeais mon frein dans tous les sens du terme, au moins, le soin s'est déroulé en un éclair, et je n'avais pas détruit le fauteuil. Alors, je commence à rêver que, ça y est ! J'ai vaincu ma phobie dentistique ! Étape suivante, la gynéco, booo.

La morale de cette histoire, c'est que quoique l'on pense, tout ce qui est du domaine de la santé, physique ou mentale, touche à  l'intime, et fait peur, marque et cristallise toutes nos angoisses. Hier encore, ma mère m'a affirmé qu'elle ne voulait pas être diabétique, donc elle ne l'était pas, sinon, ce serait reconnaître qu'elle est malade. L'important, c'est qu'elle ait pris conscience de sa maladie, même si elle essaye de la cacher, car elle a depuis singulièrement diminué sa part de sucres raffinés et de graisses animales...


Publié dans snouc-ittude

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