Quand la musique donne

Publié le par Mamzelle Snouc

Chanter est un phénomène incroyable : cela procure un plaisir indicible pour le chanteur et peut donner autant à l'auditeur. Ce n'est jamais un art à aller simple, il y a un retour du public, des vagues d'émotions.

J'ai été initiée à la musique par les vieux 33 tours que mes parents avaient trouvé pour nous. La musique entêtante de Zorro, du Soulier qui vole de Chantal Goya se mêlait avec celle de la Rhapsodie Hongroise et de Mireille Matthieu. A dix ans, ma cousine m'a initiée sans le vouloir au solfège, en me faisant monter à côté d'elle sur le banc du piano. Quelques leçons de musique au conservatoire et me voilà mordue. Arrivée très tard sur le marché - dans ma section, il y avait des jumeaux de 5 ans qui savaient déjà lire les notes !- j'ai tenu quelques années avant de jeter l'éponge à 15 ans (trop de boulot, l'année du Brevet !). Cette aventure m'aura permis de rencontrer EG au fond de la classe, plus occupé à dessiner des rondes et des croches qu'à ânonner des gammes, et aussi à façonner ma culture personnelle, basée sur mes sensations et mes émotions, plus que par des courants ou des modes.

Je suis tombée récemment sur une rédaction que j'avais écrite au collège sur le thème classique "quelle musique vous préférez ?". J'avais raconté pendant trois pages à quel point Patrick Bruel était un super chanteur, que Jean-Jacques Goldman était un maître et que Maurane me transportait. En conclusion, je précisais quand même que pour moi, la pire musique au monde était le jazz, que je considérais comme " du bruit". En commentaire, ma prof de français avait noté en rouge à côté de ce paragraphe : qui sait ? Ne soyez pas si définitive. Et, encore une fois, elle avait raison.

Deux trois ans après, encore au conservatoire, mais cette fois ci en chorale, je tombe amoureuse du negro spiritual, ces chants d'esclaves tirés de l'Ancien Testament, et si expressifs chantés en groupe. Par ce biais, je découvre le blues, le jazz, le swing. Au début, mon coeur me porte plus vers le new orleans, plus Dixieland. Au fur et à mesure de mon voyage, j'ai rencontré plusieurs artistes un peu en vogue qui m'ont amenée à connaître de grands standards sous diverses versions.

Petit aparté : en jazz, la règle est pas de règle. On part sur un motif rythmique ou mélodique, et on improvise. Les grands thèmes sont nommés standards car ils symbolisent les mélodies ou chansons les plus représentatives et inspirantes du répertoire. Le Rat Pack a immortalisé un certain nombre d'entre eux, et en a créé aussi.
C'est pour cela qu'on ne sait jamais combien de temps va durer une Jam session, ça dépend de l'inspiration des musiciens ! D'autant que chaque musicien, qu'il soit chanteur, trompettiste, batteur, pianiste, violoniste, contrebassiste ou percussionniste a sa place de lumière avec un temps d'impro en solo. Un jazz band, c'est vraiment un travail d'équipe !

A 17 ans, notre petit groupe de chanteurs amateurs est mis dehors. Nous sommes devenus trop âgés pour bénéficier  des lumières du conservatoire. Heureusement, quelques anciens parviennent à se réunir et à monter un groupe autonome, qui perdurera quelques années.
C'est là que m'est confirmé que la voix est un instrument extraordinaire, qui rassure, charme, transit et transporte. Malgré le manque de justesse ou de rythme qui parfois parasitait la prestation, l'ensemble était très émouvant, à la fois pour l'audience qui nous récompensait par des applaudissement et des bis, et pour nous qui nous sentions pousser des ailes.  

Des années après, lorsque nous nous retrouvons et lançons nos vieux refrains, comme à cette soirée d'anniversaire, chanter nous dynamise et nous rénove de l'intérieur.

Une artiste en renouveau donnait une interview télévisé et disait que la musique devait entrer en résonance avec notre âme. L'art ne nécessite pas forcément une éducation, il demande plutôt de façon exigeante à laisser page blanche pour le nouveau, sans parti pris.

C'est ainsi que je peux rester en méditation 1/2 h devant un tableau d'art moderne, sans comprendre forcément pourquoi des sensations bizarres naissent dans mon cerveau et  m'emmènent dans un univers inconnu. C'est pourquoi les chanteurs provoquent parfois l'hystérie des foules. Les vibrations de leur voix peut provoquer des émotions proches de la jouissance.

D'ailleurs, tous les chanteurs en salle de bain vous le diront : rien de tel qu'un bout de vocalise sous l'eau chaude, sans autre auditeur que vous même, pour vous mettre en mouvement pour le reste de la journée.

Publié dans snouc-ittude

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