A la mode de chez nous

Publié le par Mamzelle Snouc

Comme je me targue de ne pas être un plombier aux normes de 1976, je me suis engagée à suivre les évolutions de la recherche appliquée aux soins, et surprise ! Les bonnes vieilles recettes sont encore les meilleures !

 

Par exemple, le courant hygiéniste qui sévit depuis plusieurs années nous enjoint fortement à tout faire en stérile avec des protocoles de désinfection en quatre temps pour tout et n'importe quoi. De plus en plus, nous réservons ce type de soin aux voies veineuses centrales et périphériques et aux pansements complexes, sur des terrains favorisant l'infection. Pour tous les autres pansements, surtout les chroniques, à l'eau et au savon ! Sous la douche ! Une étude récente tend à conforter cette position. Selon elle, mieux vaut l'eau du robinet que de l'eau stérile. Reste, pour convaincre, que d'autres travaux viennent corréler ces résultats encore peu étayés.

 

L'application d'antiseptique n'est plus automatique, tout comme celle des antibiotiques et corticoïdes locaux. Ces derniers sont désormais strictement encadrés et, de ma propre expérience, de moins en moins utilisés. L'utilisation systématique des antiseptiques avait un but hygiéniste un peu simpliste : pas de germes, pas d'infection. C'était sans compter avec le mécanisme naturel de la vie, comme le dirait Anaxagore de Clazomènes Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. ( 500 av. J.C. ! D'accord, il parlait plutôt en bon philosophe pré-socratique de l'être et de la matière, précurseur de l'atome et inspirateur de Lavoisier, excusez du peu, mais la citation a bien sa place). Les germes sont essentiels à la digestion des cellules mortes et au processus de la cicatrisation. Les tuer revient à vouloir faire pousser de l'herbe sur un sol stérile sans planter de graine.
 

L'arrivée de nouveaux produits comme les hydrocolloïdes a révolutionné la cicatrisation. Moins d'intervention humaine = plus de place pour la nature...  Mais le chemin est long, et de nombreux professionnels continuent à appliquer des techniques trop formelles, voire hasardeuses, comme d'appliquer de la polyvidone iodée sous des pansements hydrocellulaires destinés à rester en place 48 à 72h sous le prétexte de l'hygiène maximum. Le seul résultat est de rendre la peau encore plus atopique, sèche et crevassée, ce qui accroît paradoxalement le risque d'infection. Voir sur la cicatrisation et un petit topo sur les pansements (un peu orienté par le principal labo produisant ce type de pansement, mais c'est didactique) .

 

On revient aussi sur le traitement de l'hyperthermie. Au lieu d'éradiquer immédiatement la montée de température, on la laisse un temps jouer son rôle central de destruction bactérienne, en donnant des antipyrétiques seulement en cas d'intolérance à la fièvre, et en préférant des solutions externes pour pallier à l'inconfort de l'état fébrile (douche, hydratation, aération des pièces à vivres...).


Les récentes campagnes sur l'hygiène quotidienne ont le mérite de revenir à la base : oui, il faut de laver les mains fréquemment, avant et après le passage aux toilettes, en arrivant au travail, en en repartant, avant et après les repas, se couvrir la bouche lorsque l'on tousse et éternue, se laver les mains ensuite, de même après s'être mouché... Il faut maintenir une hygiène corporelle de base : se laver les dents, le corps, mettre tous les jours des vêtements et des sous-vêtements propres. Cela ne signifie pas qu'il faille tomber dans l'attitude extrémiste.

J'ai connu un gars (pas un homme, encore un peu vert), qui m'a demandé une fois comment faire pour que sa peau soit moins sèche. Je lui réponds
- que prends tu comme savon ? Du savon de Marseille ? C'est bien, c'est neutre, sans parfum qui fragilise la peau. Je ne sais pas pourquoi cela ne te convient pas, peut être as-tu la peau plus fragile, teste un autre produit enrichi en huile hydratante.

Et il me dit, l'air dégagé ça coûte trop cher, tu comprends, avec la consommation que j'en fais.

- Combien de douche par semaine ?

- Le dimanche, j'en prends moins, je dirai environ 20/ semaine

Soit  3 douches par jour, et pas à l'éponge, au gant de crin. Ce comportement relevait d'une névrose profondément ancrée basée sur la propreté et le rangement. Il a eu de la chance de ne pas continuer avant de se créer des brèches cutanées tellement importantes qu'il courait à la septicémie. C'est un cas d'école dans les services d'urgences, où l'on reçoit régulièrement des sans-abris à qui l'on propose un petit tour dans la douche. Le premier conseil qu'on donne à la gentille étudiante qui fronce le nez devant l'odeur est pas de lavage agressif. En frottant, on lèse la peau en faisait des micro coupures, qui sont autant de portes d'entrées aux agressifs ptits crobes, mais en plus, on fait tomber la barrière de la protection de la saleté, car c'est une protection. La saleté permet de pallier à  l'exposition à certains nuisibles pullulant dans la rue, et les en priver les rend fragiles comme un futur greffé en attente de moelle. On se contentera de laver au savon doux, et de recommencer le lendemain, et le lendemain, jusqu'à faire céder progressivement la crasse pour qu'elle s'enfuie en hurlant de honte dans le siphon.

Le départ de toute éducation commence à l'enfance. Par les parents et l'école. Mais que faire quand l'ABC n'est pas connu ? Qu'on ne sait pas cuisiner des purées qui ne sortent pas d'une boîte ? Quand on a 30 enfants à charge et pas de remplaçant pendant nos pauses pipi ?
Sans parler du sommeil, de l'alimentation, de l'hydratation, de l'élimination (on ne compte plus les jeunes enfants qui se retrouvent en occlusion intestinales par peur d'aller aux toilettes à l'école.) Pas la peine de jouer sur les compléments alimentaires ou sur les gadgets rigolos.

Avant de dégainer les dernières innovations à la mode, courage, soyons logiques : le bon sens, c'est gratuit, communicatif, et en plus, ça revient à la mode.

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dr coq 03/12/2008 22:39

t'exagères, Snouc-girl, si tu donnes tous ces conseils de bon sens, comment on va bosser, nous-autres, médecins ? c'est 20 % de nos honoraires qui s'envolent !

Mamzelle Snouc 04/12/2008 09:25


Mais ce sont aussi des germes qui seront plus sensibles aux antibiotiques le moment venu...
Donc, plus facile à traiter ! Merci pour la sécu et pour les pauvres infirmières qui sont encore obligées de s'habiller en cosmonautes pour faire un pansement simple "pasque c'est prescrit en 4
temps". On économise donc aussi main d'oeuvre et énergie pour des petits vieux qui ne peuvent pas mettre leurs bas de contention...