Profiteurs ordinaires

Publié le par Mamzelle Snouc

J'ai abordé le sujet de la dérive de certains usagers de l'hospitalisation , mais restent les pékins moyens qui ont aussi de drôles de coutumes.

Restons une seconde sur les habitudes de vie. En hospitalisation, le service hôtelier est réduit à sa plus simple expression : manger (chaud), dormir dans des draps propres et se laver dans de bonnes conditions.

 CE N'EST PAS UN HOTEL ! Il vous faut vous munir de serviettes, linge personnel (un assortiment de dessous propres, si, si !), savon, shampooing, chaussons, brosse à dents, robe de chambre...Il n'y aura pas de chocolat sur l'oreiller, mais peut-être une infusion après le dîner. Vous n'êtes pas là pour vous reposer, mais pour recevoir diagnostic et traitement (ce qui ne devrait pas être antinomique, mais bon) : on vous demandera de faire votre travail, de vous lever le matin, de ranger vos affaires, de jeter vos déchets à la poubelle et non pas par terre, de respecter le règlement intérieur (pas de fleurs, pas de visites avant 13h, pas après 20h, pas de tabac, pas d'alcool dans les chambres). Comme déjà dit, le personnel n'est pas corvéable : vous avez des pieds qui fonctionnent pour changer l'eau de la carafe qui s'est réchauffée pendant votre ballade ;  la fenêtre n'est pas un coffre-fort, vous pouvez l'ouvrir facilement en tournant la poignée comme indiquée sur le dessin ; nous ne sommes pas responsables de la pauvreté du programme télé après 2h du matin et non, nous n'avons pas de lecteur DVD. Nous ne sommes pas responsables de la mauvaise isolation phonique et ne pouvons pas éteindre les sonnettes, désolée. Nous ne sommes pas ingénieurs en télécommunication et ne réparons pas les télévisions, téléphones et autres objets électriques, encore moins le W.E. et la nuit. Nous n'acceptons pas les pourboires, merci, nous avons déjà un salaire.
(Par contre, la cagnotte pour le café...)

CE N'EST PAS UNE RESIDENCE DE VIE ! Vous pouvez personnaliser votre chambre en accrochant un petit Père Noël sur la télé et une photo de vos enfants au dessus du lit, mais pas planter un clou pour y mettre votre tableau favori, ou changer l'organisation de la chambre parce que ce n'est pas très feng-shui le lit en face de la porte. Même si votre dernière petite-fille est adorable, elle n'a que 15 jours, elle ne peut pas venir vous faire un coucou dans la chambre : elle est fragile à sa façon et pourrait choper le joli crob' qui traîne sur les mains du brancardier, elle est contagieuse, car elle est porteuse de germes respiratoires banals qui, pour une personne immunodéficiente, seront catastrophiques. Vous ne pouvez pas convier tous vos copains de fac, ou toute votre famille à venir faire un pique-nique dans la salle d'attente (véridique). Vous ne pouvez pas faire hurler votre album préféré de Van Halen pour vous motiver à avaler votre bouillon. Vous ne pouvez pas inviter un ami dans le besoin à venir dormir dans le fauteuil et à grappiller dans votre plateau : ce n'est pas un accueil planifié, et nous avons besoin de quantifier l'alimentation ingérée. Tout aliment frais amené de l'extérieur et non consommé dans la journée sera impitoyablement jeté le soir.
Ah, et les gens qui travaillent, ils travaillent. Ils apprécient sûrement les récits de vos expéditions en Antartique, mais pas pendant la grande visite hebdomadaire, avec toute l'équipe en rang d'oignon devant la porte, attendant de subir les 34 autres histoires hilarantes des autres patients. Quand ils sont au téléphone, c'est rarement avec leur copine, plutôt avec la banque du sang ou la dialyse, évitez de les interrompre, sous prétexte que vous n'avez plus de lumière dans la salle de bain.

CE N'EST PAS UN SPA ! Vous pouvez profiter de votre douche chaude du matin, mais si vous n'avez pas la chance d'avoir une salle d'eau privée, merci de penser à la file d'attente qui se forme derrière.
En chirurgie, vous allez passer au bloc opératoire, qui, par définition est le plus propre possible, soit stérile. Ne venez pas maquillée, brushée et parfumée ! Vous allez passer sous la douche toute entière, pas que le bout des coudes ! Inutile de refaire votre vernis, la manucure sera détruite en deux coup d'acétone non enrichi à l'huile d'amande. Et puis le rouge à lèvres, ça crame avec l'oxygène et ça fait fin de soirée avec la sueur sous le masque. Nous ne faisons pas de plateau macrobiotique, ni les pavés de boeuf de 500g. Pas de drap en soie non plus, que du coton bouilli. Les tenues de bloc sont charmantes, l'aération y est intégrée, et au moins vous pourrez vous vanter d'avoir eu les fesses à l'air en public une fois dans votre vie.

Ne vous étonnez pas de trouver tout sous clé à l'hôpital : on nous vole tout.
Le papier toilette, les crèmes hyperprotidiques immondes au chocolat, le sucre en morceaux, les télécommandes de télé, les abaisses langues en bois (pour faire des esquimaux ?), les stylos publicitaires des labos, les ordinateurs, les souris d'ordinateur, les téléphones, les dossiers, les draps (?), les urinaux (très pratique pour regarder un match de foot en buvant de la bière), les fauteuils roulants, les ciseaux, les pinces de Kocher (y a mieux pour faire de la plomberie), les clés des placards (les placards sont fixés au mur, tant mieux !), les bassines en plastique, les boites "à dent" (pour mettre les prothèses dentaires), les cartons de couches, les médicaments (paracétamol, gaviscon, antibiotiques, mais aussi dérivés de stups, voire stups...)

Ne pensez pas que je suis parano : il arrive régulièrement qu'on découvre des gens dans le poste de soins qui fouillent dans les placards ou les dossiers. Je crois qu'on va en arriver à fermer ce bureau, comme dans beaucoup de services, car ce n'est pas que du vol. Nous sommes responsables du matériel et des médicaments disponibles. Si quelqu'un avale un comprimé chipé en douce et se fait une réaction allergique, on risque des ennuis.

On interroge aussi beaucoup les gens qui traînent dans les couloirs, afin de dépister les faux membres de la famille, qui ne sont en fait que des petits délinquants qui profitent d'un couloir tranquille pour faire la tournée des tiroirs. Les ex-maris, les ex-belles-mères, les enfants-du-1°-lit-floués-par-le-2°, les journalistes, les voisines amatrices de ragots...sont autant de petits requins prêts à nous faire pleurer pour obtenir des informations préjudiciables et s'en servir contre le patient.

L'une des meilleures réponses que j'ai obtenue, m'étonnant de trouver une visite à 10h du matin, auprès d'une dame relevant d'une grosse intervention : la patiente me la présente, Me B., vieille amie, son mari est médecin. Et l'amie de rétorquer Non, je suis femme de médecin.(comme si c'était un métier. En fait pour elle, c'est plus un art de se comporter impunément en société) Et puis, l'hôpital, je m'y sens comme chez moi, alors, j'y suis bien. J'ai demandé gentiment mais fermement à cette personne de ne plus revenir en dehors des heures de visites et de les limiter à 2 h, pour laisser le temps à la patiente de se reposer. Peine perdue ! Elle se faufilait dans les couloirs, se couchait dans son lit et mangeait son plateau. J'ai appris qu'elle squattait l'appart' de ma patiente pendant l'hospitalisation pour mieux la soutenir... La patiente n'en pouvait plus et a dû repousser sa sortie.

La réalité plus forte que la fiction.

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