Trafic d'influence 1

Publié le par Mamzelle Snouc

Dans les établissements privés, il y a clients et clientèles privées. Les premiers payent, les deuxièmes payent encore plus afin de bénéficier de chambres plus spacieuses, de corbeilles de fruits et des bons soins du Dr en personne.

J'ai eu l'occasion de traîner mes guêtres dans un de ces établissements, assez côté d'ailleurs d'un point de vue médical. Le service ressemble à n'importe quel service, les infirmières ressemblent à toutes les infirmières, peut-être un peu plus jeunes, mais rien de frappant. Par contre, le jour où j'ai préféré répondre à l'appel de la petite dame du 2 plutôt que de courir à la sonnette du début du couloir, je l'ai senti passer. Ces chambres étaient "privées privées", c'étaient les patients personnels du chef de service, logés en 5 étoiles : robinetterie en or, salon de réception et menus personnalisés. Il m'a alors été sorti que ces appels étaient prioritaires sur tous les autres, ce à quoi j'ai rétorqué (un peu jeune sans doute)  que je soignais tout le monde pareil, et que moi, je n'étais pas une infirmière privée. Moralité, saquée et au revoir.

Des années ont passé, j'ai toujours pris soin d'éviter les établissements à but lucratif en tant que salariée. Je pense que tous n'ont pas le même fonctionnement, mais ils ont tous le même but : être lucratifs. A défaut d'être égalitaires, ils sont efficaces et rentables : certains facturent même à part les changes complets pour adulte ! (les couches pour incontinence : très chères) D'autres, 4 euros la minute de téléphone, la mise en relation au standard de l'extérieur est payante (0.35 c la min), le payement de la télé se fait avec la CB...

Ça n'empêche le public et les établissements PSPH (Participant au Service Public Hospitalier)  de se mettre à valoriser leurs infrastructures et à placer les Chambres Particulières (CP). Depuis plusieurs années, la nouvelle architecture hospitalière tend à favoriser la création de nouvelles chambres à un seul lit (CP), avec si possible, les commodités modernes : douche, WC, placard, télévision avec satellite, voire un coffre-fort. C'est presque aussi bien que l'hôtel, en plus, on vous lave le derrière.

Mais forcément, toutes les chambres ne sont pas des CP, par contraintes structurelles ou financières. Alors se livre une guerre sans merci pour les patients et leur entourage afin de les obtenir à tout prix.

A titre indicatif, selon les établissements, le coût d'une CP est de 45 à 100 euros/ jour, en sus du forfait hospitalier (16 euros/jour) -tous deux pouvant être pris en charge (en partie pour la CP) par la mutuelle- et du prix journalier de l'hospitalisation (un exemple
ici).

Par convention, on peut signaler son souhait de CP lors de la demande d'admission, mais on n'est pas assuré de l'obtenir. C'est dit, répété et rabâché à de multiples occasions.

En effet, les CP sont destinées aux patients avec une indication médicale prioritaire : isolement, fin de vie, grosse chirurgie, soins lourds, pathologie psychiatrique, mineur de moins de 18 ans...  Ensuite, l'organisation du service : on ne met pas un homme avec une femme (et encore, on pourrait), on évite de mettre dans la même chambre le stade débutant et le stade terminal de la même maladie, ni deux patients attendant une coloscopie (avec une préparation colique très efficace) car il n'y a qu'un WC...Enfin, seulement, les demandeurs de CP peuvent être satisfaits.

Mais les petits vieux qui ont la courante, ce n'est pas leur problème. Ils ont réservé leur CP, ils la veulent. Chacun sa méthode.
Le harceleur vous appellera deux fois par jour jusqu'à son admission, pour s'assurer qu'on a bien noté sa demande.
M Perrier, hein P.E.R.R.I.E.R.  
hein, oubliez pas.
L'enjôleur vous amènera, mine de rien, une belle bouteille de champ' , pour vous remercier par avance de biiiien vous occuper de ma pauvre mère qui rentre dans deux jours, et qui est siiiii fatiguée du bruit, alors s'il vous plaît.
Le magouilleur va passer par tous les canaux administratifs pour trouver une CP qui traîne et vous le prouvera bruyamment : Ben, si, là y en a une ! Oui, mais en maternité et vous rentrez pour une vessie, monsieur.
Une culottée m'a une fois attirée dans une salle d'attente et m'a glissé un ballotin de chocolats belges en faisant un clin d'oeil complice Çà, c'est pour vous. Tant pis si je l'ai pas ma CP, mais ça serait bien quand même. Sans vergogne, elle a ri quand j'ai refusé officiellement son dessous de table, même alléchant.

Tous ceux- là, je m'en sors. 



Mais la dernière catégorie est la plus retorse : les collectionneurs de relations, les champions de Facebook et du Sénat réunis, les préférés des anciens combattants, j'ai nommé : les trafiquants d'influence.



La suite demain !
 

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dr coq 18/11/2008 23:49

ouiiiiii lasuite

Mamzelle Snouc 19/11/2008 08:30


Patience, petit Padawan....
Elle est déjà écrite, mais je la peaufine....jusqu'à environ 19h...:))
Mais attention, ça va saigner !