L'accréditation pour les nuls 1

Publié le par Mamzelle Snouc

Comme tout établissement de santé, ma boîte s'est pliée depuis quelques années à une procédure longue et complexe, anciennement accréditation, qui évolue en certification. Le but est d'homogénéiser la qualité de l'accueil, des soins et de la gestion générale sur toute la France, de pouvoir in fine comparer les établissements en fonction d'une norme collective.

J'entends les esprits chagrins crier : On brade la santé ! C’est quoi çà ? Ce n'est pas une entreprise, c'est un hôpital !

Halte là, messires, il ne suffit pas de dire qu'un hôpital est nécessaire à la ville pour que miraculeusement des arbres à billets poussent dans le parking, que le projet d'établissement corresponde en tout point aux besoins de la population, que les normes soient appliquées intelligemment ! 

Pour bien comprendre la démarche, certes rébarbative, prenons un peu de hauteur et regardons l'évolution de l'hôpital depuis plusieurs siècles.

Depuis des siècles existaient les hospices, établissements publics qui accueillaient pauvres, déshérités, femmes, enfants et vieillards. C'était faire preuve de charité que de donner pour les miséreux, et bien sûr, les premiers en ligne furent les séculiers, les religieux. Pourquoi ? Parce que nourrir et soigner coûte cher, et qu'il vaut mieux du personnel gratuit et corvéable, qui n'aura que sa conscience et son amour du prochain comme moteur. Les hospices vivaient grâce aux dons, que les plus riches faisaient pour enrichir leur âme. Certains, plus sincères, iront jusqu'à consacrer leur vie au soulagement de la souffrance.                                                                                                                                                    
Puis, progressivement, en fonction des scandales financiers et autres considérations politiques, dès le XIII° siècle, le soin se laïcise. La santé publique va progressivement devenir un enjeu pour les nouvelles sociétés

Les Lumières, la Révolution, le Directoire passent par là. Les progrès techniques et découvertes scientifiques et humaines vont révolutionner la pratique du soin. (Au fait, merci M Pasteur ! Merci M & Me Curie ! Pas merci M Freud ! Je ne veux pas d’un robinet, na !)

L'hôpital moderne va se créer en France en 1958 à la suite de la réforme Debré, qui va favoriser l'émergence des pôles d'excellence.                                                                                                                                        

Il y a plusieurs types d'établissements de santé, qui se dénominent la plupart du temps par leur mode de financement, ce qui influe sur le mode de fonctionnement, et donc de recrutement des patients.        

Aujourd'hui, le paysage de soins est varié et complémentaire. Le secteur privé (employés contractuels, financement privé) s'est autonomisé et dynamise l'activité. Le secteur public (agents de la fonction publique, financement public), même s'il garde la corde pour les avancées techniques, a du s'adapter à ce nouveau concurrent qui prend de l'avance en terme de satisfaction auprès de la clientèle. Hé oui, désormais, on ne parle plus de patientèle, mais bien de consommateurs, d'usagers critiques et volages qui ont découvert les joies de la chambre particulière et du plateau -repas avec une fleur dessus devant le JT de TF*, au lieu de la chambre à 4 lits avec le poste de radio et la soupe ! (J’exagère à peine, je l'ai vu, et je ne suis pas si vieille !)  On parle de plus en plus de classements et d'établissements phares dans les hebdos à la mode.                                                                         

Bref, il a bien fallu à un moment s'arrêter et se gratter la tête : où va-t-on ? Comment connaitre un système sans pour cela l'évaluer concrètement ?

Miracle de la
démarche qualité !
Elle est cousine consanguine avec la démarche de recherche basée sur la
roue de Deming, à savoir Planifier, Faire, Évaluer, Corriger.
Elle permet de mettre à plat les tenants et les aboutissants, en mettant en lien les objectifs, les moyens, les acteurs, les impératifs institutionnels, le cadre légal...
C'est un plan monstrueux, qui prend un temps infini, surtout à une échelle nationale.

C'est quoi çà ? Encore une idée d'un technocrate qui avait envie de brûler les forêts d'Amazonie avec toutes ces procédures !


Oui, mais non.
C'est long, ennuyeux, astreignant et sempiternellement frustrant de devoir tout reprendre à la base, comme des gamins. Mais c'est comme apprendre à lire le grec, il faut déjà apprendre l'alphabet. Une fois le travail entrepris, le langage devient commun et les choses sérieuses peuvent commencer.

 

Publié dans Santé - public !

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