Dogmatique ou pragmatique ?

Publié le par Mamzelle Snouc

Dans la vie quotidienne, nous avons le choix entre plusieurs actions : la réaction, l'anticipation, l'attentisme...

Nos actions et réactions sont soumises à des réflexes dictés par notre éducation, nos sentiments, nos intuitions, le cadre de vie...

Les profils psychologiques ne manquent pas, et l'on s'empresse dans les magazines de nous expliquer que si l'on est alpha, on agira ainsi, si l'on est taureau, on agira comme ça.

Pour moi, c'est plus simple que ça. Au delà de la sphère intime qui reste influencée et contrebalancée par mes émotions, j'aime considérer la vie professionnelle comme une série de paris en duel : Pragmatique ou dogmatique ? L'expérience ou la loi du milieu ? L'intuition ou le protocole ? Le choix n'est pas aisé et obéit à certaines règles.

Tout d'abord, quel est l'enjeu ? La vie de quelqu'un ou son confort ?
Quel est le prix ? Notre carrière, notre temps, notre tranquillité d'esprit ?


La démarche de recherche scientifique aide beaucoup à démêler les errements professionnels. Toute question appelle à une analyse assez simple :

i      Cette question a-t-elle  déjà été posée et résolue avec succès ?
a Recherche bibliographique et analyse critique des outils statistiques.

i      Les solutions sont-elles applicables dans mon cas de figure ?
a Évaluation du contexte: personnes-ressources et matériels.

i      Cela dépend-il d'un questionnement juridique ? Technique ? De management ? Déontologique ?
a Si cela est le cas, on applique les règles telles que prescrites.

Si cela n'est aucun de ces cas de figure, c'est certainement un problème d'ordre éthique, qui s'accompagne souvent de beaucoup de questionnement et de mise à jour de notre système de valeurs. La meilleure configuration est celle où le questionnement peut être posé à plusieurs, avec le recul et à froid, dans une atmosphère de confiance et de liberté de ton, de façon à balayer toutes les options et choisir la plus adaptée.

C'est malheureusement encore réservé à certaines structures plus ouvertes à l'innovation, se donnant les moyens techniques et humains d'ouvrir un espace de partage. Il est toutefois possible pour les professionnels de travailler ensemble à une réflexion constructive, comme avec les groupes Balint. Cela permet aux libéraux ou à ceux qui n'ont pas de groupe d'éthique dans leur établissement, d'acquérir une attitude plus avertie en cas de nouveaux questionnements.


                          Les limites à cette stratégie de réponse existent pourtant, malgré mon envie de tout faire rentrer dans des cases.

Chaque situation est unique : une réponse qui marche pour l'un ne marchera pas forcément aussi bien pour l'autre. C'est une loi statistique immuable, dont l'une des rares exceptions est que tout être vivant est par définition mortel.

Ensuite, le principe de recherche est basé sur des règles qui ne souffrent pas d'approximation, sinon le résultat est sujet à caution. Cela nécessite des utilisateurs formés et informés avec des outils fiables à disposition. Internet est un hypermarché planétaire de l'information, mais c'est comme une stratégie d'avocat de la défense qui, pour noyer le poisson, inondera le bureau du procureur de documents : impossible d'y retrouver la moindre arête, à moins de se ménager temps et énergie. Il faut donc une démarche personnelle et institutionnelle pour démêler le bon grain de l'ivraie dans la masse d'informations qui sue par tous les médias. Quelques sites dédiés bien connus permettent de relever quelques pistes, mais sans initiation, point de salut ! Vivement que des structures telles que le  Bureau d'échange et de transfert de Connaissances de la Faculté de Laval arrivent en France !

La démarche est aussi méconnue du public et de certains professionnels. Ils auront peine à faire le lien entre plusieurs études multicentriques et le nouveau protocole d'antalgie pré et post-opératoire alliant des molécules jusque-là réservées aux douleurs neuropathiques réfractaires. Ils ne verront que la paperasse, la perte de temps et les engueulades du chargé de recherche ou de l'IRC (Infirmière de Recherche Clinique) parce qu'il manque une référence sur un papier.

Enfin, c'est long, délicat et pas toujours efficace.

Ce qui nous sauve, c'est de savoir qu'en début de carrière, les règles et les protocoles sont un soutien dont l'efficacité diminue inversement à l'expérience et à l'expertise. (cf. De novice à expert, une étude de Patricia Benner, le résumé est

En résumé,  le dogmatisme nous forme et le pragmatisme nous sauve !

Publié dans Santé - public !

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