...Ou tortionnaire ?

Publié le par Mamzelle Snouc

Ce texte fait suite à celui-là.

J'ai entendu plusieurs fois des soupirs de lassitude, des propos révoltés, des accusations. Le plus frappant pour moi a été cette comparaison d'un soignant maltraitant avec un "
tortureur
", un tortionnaire. C'était entendable dans le contexte, mais à froid, cela m'a fait frissonner.

Je ne veux pas lancer de polémiques, simplement finaliser une réflexion qui me poursuit depuis quelques semaines. J'ai mis en lien dans le précédent article, quelques études qui, prises hors du contexte, ont du vous faire sourciller.

Plantons le décor.
Un geôlier, un gardien de prison, un représentant de l'ordre, un militaire : ce sont des choix de carrière qui impliquent une grande force mentale et physique, car la violence est inhérente à ces professions. Ce sont des professions utiles et souvent mal perçues par le public pour certaines affaires.

Un aide soignant, un infirmier, un médecin, un travailleur social : c'est un parti pris de service public et de "prendre soin". La relation à l'autre est théoriquement dans l'échange et la compréhension. Ce sont souvent des orientations vécues comme issues d'une vocation, un appel profond, une envie de faire du bien.

La torture est un instrument de guerre, un moyen inhumain (et inutile) d'obtenir des informations, un biais pour casser la résistance de l'ennemi en abolissant tout espoir, confort ou stabilité mentale.

La maltraitance est tout comportement visant à nier la dignité humaine dans le cadre d'une relation avec une personne diminuée. Cela peut être dans de petites choses, comme oublier de frapper à la porte avant de rentrer, ne pas faire attention à l'intimité lors de soins mécanisés, ou dans les grandes, comme priver un résident de son repas pour "
le punir d'avoir souillé sa chambre", ne pas le changer au propre pendant plusieurs jours pour "économiser, ça coûte cher", ou frapper une petite mamie qui ne marche pas assez vite dans le couloir.

En ce qui me concerne, un des éléments intéressants dans ces recherches sur les relations humaines dans des univers carcéraux qui ont d'ailleurs dégénéré en
Lord of the flies version adulte, n'est pas tant la violence dégagée, que la dépersonnalisation pathologique qui peut survenir dans un tel univers. Il est bien précisé dans les études sus-nommées, que les participants avaient été choisis comme particulièrement équilibrés psychologiquement. Ils en sont arrivés à ne plus considérer l’être humain en face d’eux mais seulement la mission à accomplir, voire plus qu’elle.

Le lien entre les deux mondes de la torture et de la maltraitance est également le rôle conséquent de l'institution dans la dérive comportementale. Dans les deux cas, la hiérarchie, si elle le sait, ferme les yeux voire encourage les comportements déviants.
La frontière entre l'incident isolé, le faux pas, et l'attitude suspecte est mince. Toute la nuance se tient dans l'intention, la conscience du geste.

Le sentiment commun est celui de la toute puissance, d'avoir le droit de vie ou de mort sur un autre être humain, en oubliant son propre statut.
Les conséquences de la torture et de la maltraitance sont de modifier le comportement des personnes abusées, jusqu'à provoquer des troubles de la personnalité, des syndromes de stress post traumatiques, la dépression ou la mort.

La solution à la torture? Démontrer son inefficacité, et surtout la dénoncer.
La solution à la maltraitance ? Adopter un autre point de vue : la
bientraitance, améliorer les conditions de travail, rétablir la dignité du soignant et de la personne soignée.

En conclusion : Un maltraitant est-il un « 
tortureur »

Pour moi, sans hésitation, non. Il fait partie du système malsain du vite fait pas fait. Il n'en demeure pas moins responsable de ses actes, pénalement et moralement.


Chacun est potentiellement capable de violence.
Quel est celui qui n’a pas haussé la voix ou insulté un conducteur ?
Quelle est la frontière entre exprimer son désaccord et museler toute réponse ?
Que peut-on instaurer afin de lutter contre le déterminisme qui pousse l’individu à la violence ?


 

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