Mes petits vieux

Publié le par Mamzelle Snouc

Avec le temps, j'ai appris à apprécier les soins auprès des personnes agées.

Au début, comme tout le monde, je plissais le nez en faisant Bah ! quand on me parlait de prévention d'escarres, de déshydratation, de prolapsus et autres joyeusetés de l'incontinence.

Et puis, j'ai rencontré des personnes humaines, avec un vécu, une histoire, des émotions, des sacrés caractères. Et j'ai aimé les côtoyer, malgré ou grâce à la diminution lente de leur indépendance et de leur autonomie (attention à bien faire la différence). Je ne vois plus leurs rides, je ne sens (presque )plus leurs odeurs désagréables, j'aime le contact avec leur peaux douces et usées comme une vieille veste en cuir (désolée, c'est la seule comparaison qui me vienne à l'esprit, et c'est un compliment, j'aime beaucoup ma vieille veste usée en cuir !)

J'aime l'approche éducative propre à l'infirmière, dont l'objectif est de maintenir ou de restaurer l'indépendance et l'autonomie des personnes soignées. On nous l'apprend à l'école, on lève les yeux au ciel, mais c'est fondamental. Une étude vient encore de le prouver, si c'était encore nécessaire, mais, crier dans le désert...

Pourquoi est-ce si dur à intégrer ? Parce que apprendre, éduquer et enseigner, ça prend du temps et de l'énergie, que ce n'est pas comptable et que ce n'est donc pas payé à sa juste valeur. Cela prend moins de temps à faire une toilette au lit ou à mettre une couche, qu'à mettre en place des moyens de locomotion sécurisés et de pousser la personne à se mobiliser.  Je ne jette pas la pierre à mes collègues, qu'ils soient de l'hôpital ou des maisons de retraites, sur la sellette en ce moment.

Je ne mets pas ce comportement sur la même étagère que la maltraitance, juste dans le même rayon. Le problème de la maltraitance est très complexe, et il ne 'appuie donc pas sur une seule causalité. Maintenant, à notre niveau, nous pouvons rendre le choix à nos aînés, ne plus les infantiliser comme s'ils étaient tous séniles et vieux schnocks, leur ouvrir d'autres perspectives. On ne peut pas traiter un homme de 90 ans comme si il n'était jamais allé au front pour son pays, comme si il n'avait pas élevé 4 enfants, comme si il n'avait pas créé deux cents emplois et une fondation contre la trisomie. Il a autant le droit au respect que le médecin du bout du couloir, même si ce dernier vient de décréter qu'on n'a pas le budget pour refaire son appareil dentaire, le vieux monsieur sera quand même bien content d'avoir de la purée, pourquoi il se plaindrait ?

Reste que j'aurai toujours une tendresse particulière pour ces personnes aux cheveux argentés, qui trouvent toujours le moyen de m'attendrir.

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