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Lundi 2 novembre 2009
J'adore trainer dans les supermarchés, faire tous les rayons et découvrir les nouveaux produits, remplir mon caddie jusqu'en haut et trainer les lourds sacs jusqu'à ma voiture.
Aussi, lorsque je me suis donné la mission de trouver des aliments suceptibles de convenie à ma belle-soeur, intolérante au gluten, j'ai foncé jusqu'au premier magasin bio et j'ai tout lu, tout testé. J'ai bien trouvé deux trois trucs qui allaient, mais soyons réalistes, ce n'est pas toujours très glam', le bio, alors, j'ai bifurqué vers une de mes grandes surfaces préférées où j'ai trouvé mon bonheur.

J'arrive à la caisse, les bras chargés de pleins d'autres choses, comme une vraie tranche de vieux lard pour faire une soupe aux choux à l'ancienne, des gros oeufs frais pour faire des flans et des nouvelles chaussettes.
J'allais descendre l'escalier vers le parking lorsqu'un vigile m'appelle et me demande de passer à l'accueil. OK, je me dis que peut être, ils ont oublié de me faire une réduc', ou que je suis la 63° personne de la journée à avoir acheté du camembert et que j'ai droit à un bon cadeau, on peut rêver. Il me demande plutôt de vider mon sac de course ! J'optempère, un peu interloquée, et je commence à poser mes oeufs sur le comptoir avant de poser la question qui fâche : Y'a un problème ?
- Vous avez acheté des chaussettes.
- Oui, deux paires d'opaques et une paire de transparentes. J'ai du les poser sur le dessus.

En effet, elles y sont, mais qu'une paire de chaque. Je lui tends mon ticket de caisse pour qu'il vérifie combien j'en ai payé. Une de chaque. Moi, ça ne me chiffonne pas, j'aurai laissé tombé la deuxième paire en la mettant dans mon cabas, ça m'arrive tout le temps. Le problème, ça a été sa réponse : on a tout sur vidéo, Madame.

Dans ces moments là, je mets tout sur pause-and-rewind : je suis rentrée dans le magasin, le téléphone à l'oreille avec ma mère qui me confiait un code confidentiel qu'il ne fallait pas que j'oublie. A peine passée dans le premier rayon que je lui demande si elle veut que je lui prenne des chaussettes, elle qui m'en emprunte de temps en temps. Elle dit oui, on parle chiffons deux minutes sur le nombre de deniers à choisir pour des bas et on raccroche. Dans l'intervalle, je me dis que moi aussi, j'aurai bien besoin d'une paire neuve pour aller avec mes nouvelles chaussures, et pof, dans le sac. [NDLR : d'habitude, je prends toujours un panier, dans lequel je place mon sac à main et mon cabas, ça m'évite d'avoir à trainer 25 choses dans les mains, et ça fait une limite volumétrique pour mes achats. Là, pas de panier, mon sac à main et mon cabas dans la même main.] Je me rappelle conciencieusement le code confidentiel, tout en revoyant la liste dans ma tête : des citrons, du fromage, des oeufs, des pommes de terre, des poires... A la caisse, j'aime que cela aille vite et que la caissière n'attende pas 107 ans que j'ai fini de ranger les courses, alors je plonge dans mon sac, j'attrape mon porte- feuille. Je note bien un truc noir bizarre au fond du sac à main, mais pressée, il faut que je compose mon code de CB.

Illumination devant le vigile. Dans mon sac à main. Je lui tends, plutôt contente d'avoir résolu l'énigme de la chaussette disparue mais lui me réitère : on a tout sur la vidéo... Je leur propose de leur laisser la deuxième paire, concert de hurlements non!!! Vous devez la payer !!!
Ok, Ok. Et je dois aussi remettre une pièce d'identité. J'attendrai 15 minutes avant que le vigile ne me la rende, me mettant sous le nez sa photocopie en ricanant à moitié : Maintenant, on vous connait, la prochaine fois, on vous aura à l'oeil.
Il n'y aura pas de prochaine fois. A mes prochaines courses, mon sac à main sera fermé, je ne répondrai pas au téléphone et je ferai un grand sourire à toutes les caméras que je croiserai.

Je n'en veux pas au personnel de surveillance, qui a fait son boulot. Je n'en veut pas au vigile qui m'a traitée comme une kleptomane du dimanche, achetant du saumon de sa main droite et chipant une sucette de sa gauche.
J'en veux à cette société qui m'a fait sentir coupable, de ma bonne foi qui a été roulée dans la farine et de cette sensation d'humiliation banale qui me colle à la peau longtemps après que je sois rentrée chez moi.

J'en suis quitte pour avoir fini ma journée shopping plus tôt que prévu et j'ai mangé tout un paquet de petit beurre devant une série niaise. Et puis, je me suis redressée, et je me suis dit qu'après tout, ce n'étais qu'un incident, et que je ne suis pas ce que les autres pensent de moi.
 
Mais quand même, suis-je une délinquante qui s'ignore ?
Par Mamzelle Snouc - Publié dans : snouc-ittude
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Jeudi 29 octobre 2009
Ca y est, j'ai enfin envoyé la grosse enveloppe contenant tous les détails de ma vie professionnelle et quelques uns de ma vie privée.

Je l'ai attendue, cette enveloppe, et elle n'est jamais arrivée. Pourtant, je suis bien inscrite à la DDASS, et ils m'avaient bien trouvée pour les élections. De là à suspecter ma direction d'avoir fait barrage...non, pas possible, les autres l'ont reçue.

Je n'ai pas longtemps tergiversé pour rédiger le gros chèque qui accompagnait ma liasse de photocopies de diplômes, d'attestation de domicile, de fiche de salaire.


Quelques mots pour comprendre pourquoi.

Je me suis toujours étonnée qu'une corporation aussi conséquente que celle des infirmiers n'ait pas une bonne représentativité (ça existe ce nom ? passons) et qu'il n'y ait pas d'office centralisant les formations et informations. Tout ce que j'ai appris sur la profession, les changements de réglementations, les nouvelles techniques, je l'ai cherché toute seule sur les sites professionnels. Personne n'a jamais tenu le personnel au courant de l'évolution de la profession. Vous me direz t'as qu'à voir toi-même, et je répondrai : pas faux, mais il y a peu de gens comme moi qui prennent leur pied à retourner au travail lorsqu'ils sont de repos, et se replonger dans les nouveaux décrets, ce n'est pas franchement une sinécure. C'est pourquoi les infirmiers sont toujours surpris quand on leur annonce que le DE pratique a disparu cette année. (si, si, c'est vrai, c'est fou, hein ?)


Depuis des siècles, les professions se liguent, se retrouvent, se compagnonnent, s'affilient. Ce n'est pas seulement pour faire joli lors des grands raouts, c'est essentiellement afin de veiller à assurer la même qualité de travail aux quatre coins du pays et à sévir contre les affreux qui ne savent peindre à l'intérieur d'une basilique sans en foutre partout sur le marbre de l'autel.


Un argument avancé par les anti ONI est que le taux de participation aux élections de représentants professionnels a été médiocre, de l'ordre de 13 %, et que par conséquent, l'ONI est décrédibilisé. Pour mémoire, les élections prud’homales de 2008 n'ont récolté que  25.5% de participation dans le collège ouvrier, cela veut dire qu'il faut virer cette instance inutile de notre paysage social ?
Soyons sérieux une minute : un faible taux de participation n'est pas forcément un "boycott", c'est avant tout un important manque d'information et de mobilisation ! Dans mon équipe, personne n'était au courant du vote, et j'ai du marchander quelques précieuses secondes de leur temps pour qu'elles veuillent bien cliquer pour valider.


La levée de bouclier la plus impressionnante a été sur le contenu du dossier à transmettre, selon les médias et les syndicats, c'était à proprement parler de l'ingérence dans la vie privée, une inquisition, une atteinte à nos droits... J'ai téléchargé le dossier pour en avoir le cœur net, et là, rien. Bon, d'accord, 8 pages entières à remplir, des copies en veux tu en voilà, et une petite ligne discordante sur le relevé judiciaire. J'ai été beaucoup plus embarrassée quand mon bailleur m'a demandé ma déclaration d'impôts et celle de mes parents pour pouvoir louer un appartement !


L'Ordre est un outil, à nous de poser les limites sur son rôle et ses pouvoirs. SVP, lâchez moi avec les réferences pétainistes de l'ordre des médecins, la surtaxe scandaleuse de la cotisation : mon kiné, futur ex, car sur le départ, a longtemps siégé à son ordre, et il m'a confirmé qu'il lui arrivait très souvent de dispenser de cotisation les cas les plus précaires socialement.

Pour une fois que l'évolution de la société nous permet d'avoir une organisation digne de ce nom, osons lui donner une chance. Parce que moi, je suis très douée pour la peinture sur marbre, mais encore plus pour poser une 20G sur un octuagénaire.
Par Mamzelle Snouc - Publié dans : Profession : infirmière
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Mercredi 21 octobre 2009
Il y a des phénomènes extraordinaires dans ma vie.

Je n'aime pas les animaux plus que ça, et pourtant, ils viennent toujours se frotter à moi.

Quoique je fasse, les mômes me sourient quand ils me voient; ils rotent, pètent et s'endorment quand ils sont dans mes bras.

Même avec ma face "économiseur d'écran" des mauvais jours, les passants me demandent une clope, les touristes me demandent leur chemin et les clochards me tapent mes derniers cents.

J'attire tous les insectes de la terre, ça devient dément, je me suis même faite harceler par une abeille l'été dernier : toute la journée, elle m'a suivie de pièce en pièce, elle revenait toujours se poser sur ma dernière  position. Emmenez moi en camping avec vous : je ferai office d'appât naturel pour les moustiques, tâons et autres tiques.

Au restaurant, j'ai décidé de ne plus commander de poisson : je mettais trop de temps à trier la chair des arêtes et je mangeais toujours froid, pendant que les autres convives m'attendaient avec une impatience plus ou moins déguisée. Ca ne manque jamais, on peut engager les paris : même avec les batonnets de poissons panés pour enfants, je tombe sur une arête.

Où que j'aille, il y a toujours quelqu'un qui va me dire que ma tête lui dit quelque chose. On me confie la surveillance des enfants dans le train, les personnes handicapées aiment à s'assoir à côté de moi, peut-être parce que j'ai de la conversation, et la police ne m'a jamais mis une seule amende de circulation.

Je déteste faire le ménage chez moi, c'est ma crasse, ça ne me gêne pas, mais chez les autres, je m'éclate à faire le ménage à fond, et je le fais bien, tout comme le service à table ou le shopping coach dans les magasins. Je suis une quiche pour m'habiller, mais j'excelle dans le dynamisme pour conseiller mes amis et famille. A tel point qu'en règle générale, une cliente vient me demander si j'ai ce modèle de pull en 42.

Je trouve toujours une place de parking sans chercher, et quand je suis sur l'autoroute, les bouchons sont après ma sortie. Quand je crève, c'est devant chez moi, et quand je perds ma carte bleue, c'est la conseillère de ma banque qui la retrouve sur le distributeur d'essence et me la met de côté.

Je dois sûrement être née sous une étoile étonnante...
Par Mamzelle Snouc - Publié dans : snouc-ittude
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Samedi 17 octobre 2009

Tu me pourris le travail depuis quelques mois déjà.

Je déteste ton rire gras, ta voix grave et tes fins de phrases hystériques.
Je déteste ta façon de toiser les autres comme si ils ne te valaient pas.
Je déteste ton art de séduire les autres pour mieux les retourner et les convertir à ton point de vue.
Ta façon de nier l'existence de tes non-amis m'insupporte, et je me retiens pour ne pas te mettre une fessée quand tu ne réponds pas à notre bonjour.
Tu peux passer 4 heures au téléphone en pleine charette sans te culpabiliser, et ensuite, tu chargeras de reproches un agent qui aura oublié de ramasser un trombone.
Tu connais mieux tes droits que tes devoirs, et tu adores conseiller les gens sur la façon de truander le système.
Tu gères ta cour d'admirateurs sans te soucier du mal que tu transpires autour de toi en humiliant systématiquement ceux qui osent t'affronter.
Tu régales les patients conscients et inconscients de tes dernières galipettes en conversant joyeusement avec une de tes copines
pendant les soins.
Tu es jalouse et envieuse de la vie des autres, comme si ton voisin t'avait volé ta vie parfaite.
Tu t'amuses à voir tes collègues se tromper, s'effondrer, partir, en oubliant que tu n'es pas l'équipe à toi toute seule, ni la chef, ni même une bonne professionnelle.
Tu insultes les patients en les traitant comme de la viande et pourtant le chef de service t'aime bien, tu es tellement rafraîchissante avec ta franchise abrupte et sans nuance.
 
Tu n'as que 26 ans, et tu te considères comme trop vieille pour pouvoir changer tes manières, parce que bien sûr, tu connais tout de la vie, tu as déjà un fille, et tu sais manipuler un homme pour lui faire un enfant dans le dos.


Et pourtant, j'aime ton sourire qui illumines la pièce lorsque tu parles de ta fille, j'aime ta ténacité à défendre les choses auxquelles tu tiens, ton sens de l'organisation remarquable, ta capacité à te donner les moyens pour satisfaire ton ambition dévorante.

Tu veux être cadre de santé, bon courage. Tu y apprendras peut-être à modérer ton opinion, à devenir empathique. Ce sera difficile, sans éthique ni culture professionnelle.

Sache seulement que je ne serai plus blessée par tes critiques, que je ne serai plus en colère contre toi et tes agissements. Je ne te maudis plus, je te plains.

Et il est possible qu'un jour, ma force égalera la tienne et que tu saisiras alors que je n'étais pas ton ennemie personnelle, mais une collègue qui aurait aimé retrouver la jeune et dynamique infirmière que j'ai connue à ses débuts.


Par Mamzelle Snouc - Publié dans : Profession : infirmière
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Vendredi 2 octobre 2009
S'il y a des a priori conséquents sur les professions soignantes (à part la superbe et originale remarque sur nos sous-vêtements, merci de ne pas recommencer), les plus prégnants est ceux sur notre capacité à ne jamais être malade, à n'avoir pas de vie en dehors de notre travail et à faire un travail formidable-mais-jamais-je-pourrai-le-faire.

Le fait d'embrasser une profession de santé est pourtant un facteur supplémentaire d'ennui.
Nous connaissons mieux le système et avons tendance à surévaluer nos symptômes, donc on a toujours quelque chose, ou au contraire, on en voit tellement, qu'on devient anti-médicament et plutôt médecines "complémentaires".

Porter une blouse blanche. Le seul avantage, c'est de ne pas passer 30 minutes tous les matins à s'habiller : on prend la première chose qui vient, puisqu'on va revêtir ensuite notre uniforme à l'hôpital. Cela n'immunise pas contre les microbes, la connerie ou le cancer.

Le public oublie trop vite que nous travaillons pour un objectif commun à quasi toute l'humanité : pour vivre.  Certes, certains sont d'exceptionnels philanthropes qui sauveront l'autre moitié du globe par leurs découvertes, mais la majorité d'entre nous travaillent pour payer les traites de la maison, l'appareil dentaire de la dernière ou les courses de Noël.

Cela n'empêche pas certains patients de nous rabâcher les "vous ne pouvez pas comprendre", ou "tant qu'on n'a pas vécu, on ne se rend pas compte". Comme si nous étions protégés d'une sorte d'aura, de bouclier depuis l'enfance qui nous empêcherait d'avoir mal, de perdre des enfants, de voir souffrir et mourir un parent, d'être soi même atteint d'une pathologie grave.

Petit hommage à tous ceux que j'ai vu partir, en 10 ans de carrière, d'une "longue maladie", de dépression, d'atteintes cardio-vasculaires, à tous ceux qui ont contribué à nous rappeler combien la vie est courte et précieuse.
Grande pensée émue à Michèle, qui m'a aidé un nombre incalculable de fois et qui maintenant vit à travers le témoignage de tous ceux qu'elle a accompagné.

Comme les instits, les soignants peuvent être inoubliables.
Par Mamzelle Snouc - Publié dans : Profession : infirmière
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